Sénégal : Crise de l’emploi au Sénégal, slogan politique ou conscience structurelle vers une économie immédiate



Sénégal : Crise de l’emploi au Sénégal, slogan politique ou conscience structurelle vers une économie immédiate

Nul ne peut douter de la volonté de se procurer des résultats pour tout acteur politique et au plus haut niveau. Cette volonté avait amené les pouvoirs actuels à proposer le Plan Sénégal Emergent (PSE) dont l’axe phare de la transformation structurelle avait donner beaucoup de satisfaction aux économistes, planificateurs et statisticiens qui avaient perçu des jalons de changement posés.

Toutefois, ce plan, qui se veut volontariste et pertinent dans l’esprit, a aussitôt pêché face au réalisme politique pour ne pas dire politicien.

En effet, au plan psychoaffectif, la conception plus ou moins standardisée laisse entrevoir, avec les mêmes modèles simultanés dans d’autres pays africains, un air de document de plaidoyer confirmé par l’irruption de projets en dehors de son Plan d’Action Prioritaire (PAP). Les deux exemples du Centre International de Conférence Abdou Diouf (CICAD) et du Train Express Régional (TER) laissent davantage apparaître un document de plaidoyer qu’un plan structuré dans lequel on aurait de véritables piliers et non des axes avec concomitamment les ressources disponibles et à rechercher basées sur les projets prédéfinis.

Cette situation de fond est exacerbée par le réalisme ambiant de la montée en puissance de la crise de l’emploi ravivée par le contexte de la pandémie et l’erreur fatale de l’absence d’une véritable politique démocratique avec la bonne considération de la fonction d’opposition qui semble être « réduite à sa simple expression » alors que les leçons du Mali voisin devaient être apprises par le Sénégal.

Cette note de déliquescence politique, accentuée par les cas des opposant Karim Wade et Khalifa Sall, dans un contexte de processus électoral atypique et qui remet en question beaucoup d’acquis n’ont aucunement permis à une jeunesse en désespérance d’accepter que cette affaire de viol présumé, avec une diligence extrêmement rapide, n’est en aucune manière un complot politique sur quelqu’un qui prône un changement de système et de ne pas s’attaquer au prix de leurs vies à tous les symboles de l’Etat et de la France néocolonialiste à défaut de ne pouvoir mettre la main sur les pointes du régime qu’ils considèrent comme la cause de leur mal et broyeur d’espoir.

Toutefois, la volonté politique peut bien être admise au regard des nombreuses institutions dédiées à la création d’emplois : Délégation à l’Entreprenariat Rapide (DER), Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME)…

Cependant, une absence de structuration bâtie sur une approche holistique de la prise en compte de la création d’emplois est en train d’hypothéquer les significatifs fonds alloués à ce secteur et notamment la récente déclaration d’allocation de 450 milliards par le chef de l’Etat, le Président Macky Sall.

Cette approche structurante aurait été extrêmement stratégique et permis de prendre en compte les différents niveaux de formation professionnelle articulés à la demande d’emplois et aux moteurs de la création de croissance à partir des segments de création de richesses que nous appelons l’économie immédiate qui intègre le secteur informel, qui est la solution la plus pertinente pour une création optimale d’emplois quand on sait que ni l’Etat n’a pas la vocation de créer directement des emplois, ni les entreprises qui sont premièrement motivées par le profit.

Ce sont alors les opportunités qui créent les emplois et ces opportunités dans une attitude coactive de l’Etat qui créent les emplois par une formalisation du secteur informel qui concerne 97% des acteurs sur un double défi de l’orientation sur la valorisation du potentiel naturel immédiat plutôt que la commercialisation des produits importés, d’une part, et l’organisation normée de leur capacité productive, d’autre part, grâce à l’existence d’une dynamique favorable par la spécificité de l’économie immédiate qui est intrinsèquement une approche de territorialisation des politiques publiques.

La valorisation est la conséquence d’un choix de production. L’on valorise tout ce qui rentable et l’accessibilité en est un déterminant puissant. Le potentiel économique non valorisé est extrêmement important et fabrique la pauvreté des régions et terroirs. Le pire du phénomène de l’extraversion est que dans la plupart des cas, on assiste à une exportation de produits à fort potentiel de valeur ajoutée comme le cas de l’arachide au Sénégal, alors que la consommation de pâte d’arachide est en hausse significative dans les pays asiatiques et américains.

L’exemple de la Casamance est expressif avec un potentiel agro sylvo pastoral extrêmement important en produits agricoles saisonniers, des quantités énormes de mangues qui pourrissent font perdre énormément d’opportunités de rentrée de devises quand on sait que ce produit est très prisé en Europe et en Asie.

Cette opportunité d’emplois mal saisie pourrait faire l’objet d’une démarche favorisant un transfert de technologies de transformation pour la filière mangues séchées et donner du travail à des milliers de jeunes de cette région, voire favoriser la venue de jeunes provenant des autres régions du Sénégal.

Ces deux niveaux d’intervention sur les cibles avec l’approche GIE et l’approche coopérative dans une bonne stratégie d’action publique sont suffisamment opérationnelles pour formaliser ce secteur important en l’orientant sur le potentiel interne.

L’approche progressive Initiative Entrepreneuriale Individuelle (IEI), Groupement d’Intérêt Economique (GIE), Très Petites Entreprises (TPE) permet de muter vers des PME et PMI dans le cadre des opportunités de services des structures étatiques. Un triple niveau d’intervention est préconisé par une action au niveau institutionnel et technique.

Une harmonisation des multiples institutions et mécanismes de financement, à travers un cadre référentiel national qui sert également de base de données dans le domaine, aurait été le cadre d’action dans laquelle la DER aurait été simplement le maillon des IEI. Cette proposition a l’avantage d’éviter les doublons, car il a été ressorti de l’exploitation des guides d’entretien que le système de financement est politisé ; ce qui mettra bien à l’aise les différentes autorités en charge de ce travail.

Ensuite, il convient de faire un ciblage/orientation vers les secteurs les plus sensibles à l’immédiateté en vue d’obtenir des actions et activités à hautes chaînes de production et à haute intensité de Valeur Ajoutée (VA).

Enfin, le territoire, devant être un cadre d’opportunité d’affaires, doit disposer au sein de son organe de management d’une politique inclusive de promotion de l’entreprenariat qui prend en compte toutes les catégories en instituant l’approche coopérative qui est une excellente alternative d’optimisation et qui permet, par ailleurs, de réseauter les producteurs avec les opérateurs économiques et les consommateurs sur toute la chaîne de production.

Cette approche permet de générer des ressources financières contributives à partir des entreprises implantées sur son territoire. L’avantage de cette stratégie réside dans la prise en compte des différents niveaux de territoire à l’échelle micro, méso et macro.

La formalisation peut permettre de saisir les grands segments de consommation et la fréquence des évènements culturels et religieux pour en faire une opportunité majeure de création d’emplois temporaires et permanents. Les fêtes religieuses et les milliers de célébrations telles que les magal et gamu sont autant d’événements d’économie immédiate qui génèrent des opportunités d’affaires et de marchés à satisfaire. La formalisation de toute la chaîne de services et de consommation peut être une solution à la mortalité des entreprises, due à de mauvais choix stratégiques, estimée à 80% dès les 5 premières années de leur création selon l’ADEPME, qui en réalité, ne contribue pas à l’éclosion de la création d’entreprises à partir des IEI.

Leur encadrement aurait été optimisé avec l’approche coopérative et permettre aux jeunes qui se lancent de plus en plus dans des « campagnes » et des services de l’évènementiel. L’articulation des fonds destinés à la création d’emplois pour les jeunes dans des secteurs productifs aurait permis de contourner les échecs récurrents des financements des jeunes et des femmes.

La DER aurait appuyé leurs coûts de production, plus bas, grâce aux contrats entre les GIE prestataires constitués et organisations de producteurs agricoles sur la base d’un financement ciblé et d’une articulation avec les différents mécanismes d’appui à la politique de l’emploi et de la jeunesse. La mise en place de profils diversifiés permet à la fois d’utiliser des jeunes diplômés et moins diplômés dans la création massive d’emplois permanents grâce à la systématisation des prestations faites dans plusieurs domaines avec une homologation des prix de fournitures par les coopératives aux GIE de production.

La formalisation préconisée par l’économie immédiate suggère une articulation entre les mécanismes de financement, les différentes directions en charge des politiques sectorielles, les institutions de formation professionnelles et un cadre d’intervention globale dans lequel toutes ses entités vont intervenir en fonction du plan global. C’est une stratégie qui permet de rationnaliser à la fois les ressources humaines, financières et les méthodes sans qu’il y ait nécessité de créer de nouvelles institutions, à partir de l’existant en capitalisant la connaissance des bonnes pratiques s’il en existe, des contraintes et des obstacles.

En définitive, cette politique de valorisation et de transformation sur toutes les filières dépend des choix politiques et institutionnels et requiert un volontarisme des pouvoirs publics. Cette valorisation peut contribuer à l’élaboration d’un Indice de Souveraineté Economique Immédiate (ISEI) par une agrégation de la part de VA de l’ensemble des biens et services consommés dans une aire géographique donnée.


source: Econews

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