Maroc: a formule gagnante pour conquérir des capitaux institutionnels internationaux

  • 01 octobre 2020 / Analyses / 84 / Fares RAHAHLIA


Maroc:            a formule gagnante pour conquérir des capitaux institutionnels internationaux

Spécialiste de l'immobilier et Associé de Medallion Associates à Dubaï, Amine Sabri pose un regard sans concession sur le secteur immobilier marocain. Entre manquements, nécessité de transformation et potentiel de développement, cet expert de l'immobilier estime que le Maroc devrait faire un pas décisif vers l'adoption de modes de financements modernes et innovants, si le marché immobilier veut attirer des investisseurs institutionnels internationaux et retrouver une certaine dynamique.
Quels sont, selon vous, les défis majeurs que le secteur immobilier au Maroc doit relever ?
A. S. : Le secteur immobilier marocain a besoin d'un électrochoc, d'un changement de mentalités pour valoriser les actifs de grandes valeurs dont il dispose et qui sont la crédibilité, la stabilité et la réputation internationale du Maroc.
Malheureusement, et très souvent dans l'immobilier résidentiel par exemple, les mécanismes de financement adoptés par les développeurs immobiliers sont traditionnels, à quelques exceptions près. Ils se limitent bien souvent à des ventes individuelles sur plan, supportées par des banques commerciales qui font face à des contraintes de réglementation qui restreignent leur potentiel de financement. Parfois, des partenariats avec des groupes internationaux dans des conditions ‘déséquilibrées' freinent la pleine réalisation du potentiel des projets. Des produits de financement, tels que la titrisation, ont surgi dans le marché marocain depuis des années mais leur potentiel de croissance reste définitivement insuffisant et sous-exploité faute de capital imposant.
Nous assistons aujourd'hui au Maroc par exemple à un schéma de financement proposé par certains développeurs immobiliers marocains offrant des mécanismes de financement basés sur la collecte de 50% de la valeur de l'unité à la livraison. Ces 50% sont logés dans leur société de développement constituée sous forme d'une association à but non lucratif. Cela leur permet de déjouer plusieurs règlementations mises en place pour protéger les investisseurs individuels. Le reste, 50%, est étalé sur une période allant jusqu'à 10 ans sous la forme d'une location avec option de financement. Dans d'autres pays, l'achat financé par les développeurs immobiliers donne automatiquement accès à un titre foncier dès la livraison et par le fait même confère un droit de regard et de contrôle sur l'actif. Ce qui est loin d'être le cas dans le financement basé sur la location avec option d'achat qui se répand au Maroc. Une législation claire et décisive au sujet des mécanismes de transfert de propriété est indispensable.
Aujourd'hui, l'époque est à l'investisseur institutionnel capable de supporter des projets immobiliers multiples et ambitieux, et prêt à prendre des risques pour y parvenir. L'ère est aussi aux montages de financement complexes et innovatifs, capables d'attirer des fonds colossaux pour redynamiser le secteur immobilier marocain et le placer sur la carte de la finance mondiale comme un choix d'investissement de qualité.
Le Maroc doit s'inspirer des best practices d'ailleurs pour les adapter à sa réalité, dans une perspective à long terme. Pour rappel, le secteur immobilier marocain a contribué en 2019 à hauteur d'environ 6% seulement au PIB du Maroc. Aux Emirats Arabes Unis, pays producteur de pétrole, cette contribution est de l'ordre de 20%, et d'environ 35% au Canada, pays affichant une forte balance commerciale.


source: L'Economiste

Analyste: Amine Sabri

Spécialiste de l'immobilier et Associé de Medallion Associates à Dubaï...

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