«Le financement extérieur sera inévitable dans le futur...Il faudra aussi instaurer un seuil maximum de dette extérieure (par rapport au PIB)»

  • 09 octobre 2017 / Analyses / 637 / Emerging Africa


«Le financement extérieur sera inévitable dans le futur...Il faudra aussi instaurer un seuil maximum de dette extérieure (par rapport au PIB)»

La décision de l’Etat d’autoriser le recours au financement non conventionnel risque-t-elle de provoquer un phénomène d’hyperinflation ?Avant toute chose, revenons sur quelques principes fondamentaux. La hausse très rapide des prix est la cause principale de l’hyperinflation. Aussi, l’analyse de l’histoire de l’économie, notamment du siècle dernier, nous montre que ce phénomène s’est souvent accompagné, entre autres choses, de niveaux extrêmement élevés de dette publique, d’une inflation cumulée à trois chiffres sur 3 à 5 années, de l’indexation des salaires, des taux d’intérêts et de la hausse des prix. Et aussi d’une évolution instable de la monnaie qui ne doit pas être confondue avec la baisse graduelle qu’a connu la valeur du dinar.

Cette dernière n’étant qu’un ajustement normal au vu de la situation macroéconomique et de la politique monétaire du pays. Or, dans le cas de l’Algérie, c’est exactement le contraire de tout ce qui a été cité avant qui s’est passé. Néanmoins, il est vrai que d’autres conditions propices à l’hyperinflation sont déjà constatées, telles que la tendance générale à l’investissement dans les actifs non monétaires et les devises étrangères, la baisse significative de l’épargne et l’assèchement de la liquidité dans le système bancaire.


Quelles répercussions pourraient induire les financements non conventionnels sur la valeur du dinar ?

Le recours à la planche à billets (par l'impression des billets ou bien par la création monétaire scripturale) induit l’augmentation artificielle de la masse monétaire. Ce qui est très favorable aux poussées inflationnistes et agit directement pour causer une baisse supplémentaire de la valeur du dinar. Toutefois, ne nous y trompons pas, l’économie algérienne dépend de la rente des hydrocarbures.

De ce fait, elle est avant toute chose vulnérable aux chocs extérieurs que peuvent causer la baisse des prix du pétrole et la dévalorisation du dollar américain. Par conséquent, dans le contexte de la remontée des prix du pétrole et du niveau toujours important des réserves de change, le risque d’hyperinflation est vraiment minime. Dans ces mêmes conditions, l’hyperinflation à quatre chiffres n’est tout simplement pas possible à court et moyen termes.

Le financement interne non conventionnel est-il réellement plus judicieux que l’endettement extérieur, comme le soutient le gouvernement ?

L’expérience difficile des années 90’, avec l’application du programme d’ajustement structurel, a laissé un goût amer. Le gouvernement veut à tort ou à raison éviter le recours à l’endettement extérieur pour, pense-t-il, ne pas avoir à concéder une once de la souveraineté nationale et ne pas se voir dicter ses politiques de l’étranger. Dans cet idéal patriotique, il y a beaucoup de confusion et d’incompréhension. L’endettement intérieur et extérieur n’est qu’une source de financement.

La vraie problématique en Algérie se concrétise dans l’inexistence d’une vision pour le pays et les politiques publiques déraisonnables qui en résultent. En l’absence d’une stratégie économique claire, éviter le recours à l’endettement extérieur est sans aucun doute une décision judicieuse. Ceci dit, le gouvernement doit s’attaquer aux problèmes de fond qui sont plus complexes que le simple choix entre le financement non conventionnel et l’endettement extérieur. Nous devons d’abord mobiliser les financements internes.

Le gouvernement doit accélérer les réformes du secteur bancaire, notamment la restructuration productive des banques publiques, la généralisation des moyens de paiement alternatifs (électroniques et mobiles) et l’introduction de la finance dite solidaire, participative ou islamique. Avec l’objectif de faciliter l’accès au financement au secteur privé et aux PME.

L’Etat sera-t-il vraiment en mesure d’éviter définitivement tout recours à des financements extérieurs ?

Dans le futur, il sera inévitable d’avoir recours au financement extérieur, indépendamment des capacités de financement interne. Ce recours devra néanmoins être limité exclusivement aux investissements dans les infrastructures et dans les projets industriels créateurs de valeur et de richesse. Il faudra aussi instaurer un seuil maximum de dette extérieure par rapport au Produit intérieur brut (PIB), cela peut prendre la forme d’une règle d’or constitutionnelle.

De l’expérience des autres pays, 30% de dette par rapport au PIB semble soutenable et n’érodant en rien la souveraineté du pays. Justement, la souveraineté de l’Algérie est mieux servie et beaucoup mieux assurée avec une vision tournée vers le développement durable et solidaire du pays, plus à même d’accroître la compétitivité et la productivité de notre économie et de concrétiser son potentiel. Pour en arriver là, nous devons avoir l’honnêteté, le courage et la volonté de faire face au véritable défi : celui de la gouvernance.


source: el watan

Analyste: Anisse Terai

Anisse terai ...

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