La Côte d’Ivoire est-elle vraiment le pays africain le plus attractif pour les investisseurs du continent?

  • 12 octobre 2020 / Analyses / 66 / ABI 1


La Côte d’Ivoire est-elle vraiment le pays africain le plus attractif pour les investisseurs du continent?

Selon l’Africa CEOs Survey, la Côte d’Ivoire est, pour le secteur privé africain, le pays le plus attractif pour les investissements en 2020, devant des économies plus performantes comme le Kenya, le Ghana ou le Maroc. Un classement qui laisse perplexe Séraphin Prao, docteur en économie.

Il ressort de l’édition 2020 de l’Africa CEOs Survey, publiée fin septembre par le cabinet Deloitte en collaboration avec l'Africa CEO Forum, que le top 10 des pays d’Afrique les plus attractifs pour les chefs d’entreprise africains reste dominé, pour la deuxième année consécutive, par la Côte d’Ivoire. Le pays devance, dans l’ordre, le Kenya, le Ghana, le Sénégal, le Rwanda, l’Éthiopie, le Nigeria, le Maroc, la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud

Le rapport précise que ce classement «vise à donner un aperçu de la volonté d'investissement des dirigeants du secteur privé». «Il n'est pas destiné à analyser les conditions d'investissement ou la facilité de faire des affaires dans les pays en question.» Mais pour certains économistes, comme l’Ivoirien Séraphin Prao, docteur en économie, voir la Côte d’Ivoire figurer en tête de ce classement est «malgré tout très surprenant».

«Ce qu’il faut souligner d’emblée, c’est que les précisions du rapport sont claires: il ne s’agissait pas d’analyser les fondamentaux des économies, mais plutôt de tirer les conclusions d’une question qui a été posée aux chefs d’entreprise, celle de savoir quels pays africains leur semblent les plus attractifs pour investir à l’heure actuelle. C'est donc, a priori, de façon subjective que ces derniers ont désigné la Côte d’Ivoire comme étant le pays le plus attractif», a déclaré Séraphin Prao.

D’après le professeur, c’est en général après une analyse rigoureuse de certains fondamentaux que les chefs d’entreprise se décident à investir dans un pays donné. Et pour une bonne analyse, a-t-il expliqué, «il faut, de façon pédagogique, relever que les déterminants des investissements directs étrangers (IDE) peuvent être classés en trois groupes: macroéconomiques, microéconomiques et institutionnels».

Sur le plan macroéconomique, on retrouve le climat des affaires qui est un facteur très important pour espérer attirer des capitaux dans un pays. Mais aussi la qualité des infrastructures (routes, écoles, eau, électricité, fibre optique...), la fiscalité, la croissance économique, l’image du pays à l’étranger. Au niveau microéconomique, le capital humain est essentiel, mais aussi la compétitivité des sociétés, le dynamisme du tourisme et l’esprit d’entreprise. Enfin, sur le plan institutionnel, il faut compter sur la qualité des institutions (politiques, financières et bancaires), le niveau de corruption et le niveau de développement du système financier.

La Côte d’Ivoire à l’épreuve des IDE

Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les IDE en Côte d’Ivoire ont progressé de 35% sur la période 2016-2018. Ils sont ainsi passés de 577 millions à 913 millions de dollars (323 milliards à 510 milliards de francs CFA). Le pays se présente comme le plus attractif de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, qui compte huit États) avec 28% de parts, contre 20% pour le Sénégal et 15% respectivement pour le Mali et le Niger.

En revanche, sur les 11 milliards de dollars (6.153 milliards de francs CFA) d’IDE reçus au cours de cette période par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao, qui comprend les huit États de l’UEMOA plus sept autres dont le Nigeria et le Ghana), la part de la Côte d’Ivoire s’avère marginale. Elle ne représente que 5,4%, loin derrière les 32% du Nigeria et les 30% du Ghana.



source: news.abidjan.net

Analyste: Séraphin Prao

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