Algerie:Yazid Benmouhoub, directeur général de la Bourse d’Alger ,«Il est primordial que l'offre de produits financiers soit élargie»

  • 05 octobre 2020 / Analyses / 127 / ABI 1


Algerie:Yazid Benmouhoub, directeur général de la Bourse d’Alger ,«Il est primordial que l'offre de produits financiers soit élargie»

L’interaction entre la bourse et la croissance économique se traduit par son rôle qui consiste à répondre à un besoin de financement exprimé notamment par les entreprises. Mais pour des raisons évidentes, on n’est pas encore dans cette configuration. Et « si auparavant,  les conditions n'étaient pas favorables à l'émergence d'une bourse des valeurs, il devient, aujourd'hui, important de revoir le modèle de financement de l'économie dans sa totalité», souligne, dans cet entretien, le directeur général de la Bourse d’Alger, M. Yazid Benmouhoub.

El Moudjahid : La pandémie de Covid-19 a lourdement impacté le marché financier. Comment a réagi la Bourse à cette crise inédite ?
Yazid Benmouhoub : Dès l'annonce du confinement, nous avons immédiatement pris les mesures sanitaires nécessaires à la protection du personnel, en priorité, en assurant la continuité du service. Toutefois, compte tenu de l'effet de ralentissement généralisé de l'activité économique, nous avons dû réduire le nombre des séances de cotation de trois séances à une seule séance par semaine. Cela dit, nous avons poursuivi en interne le travail à distance avec nos collaborateurs, à chaque fois que cela était nécessaire, comme nous avons pris part à de nombreux webinaires (séminaire en ligne) autour, notamment, des retombées de la pandémie sur l'économie nationale et des mesures à envisager pour une relance de l'activité économique.

La Bourse, vous l’admettez vous-même, n’a pas eu l’opportunité de jouer un rôle prépondérant dans le financement de l’économie nationale pour des raisons évidentes. Dans les conditions actuelles, peut-on prétendre à de meilleures performances ?
L'activité d'un marché financier n'est que le reflet de la dynamique de l'environnement dans lequel elle évolue. Ainsi, si auparavant, les conditions n'étaient pas favorables à l'émergence d'une bourse des valeurs, il devient, aujourd'hui, important de revoir le modèle de financement de l'économie dans sa totalité, pour l'extraire aux effets de facteurs exogènes sur lesquels nous n'avons pas de maîtrise et je vise ici les prix du pétrole. La Bourse pourrait être ce maillon manquant qui peut jouer un rôle significatif dans le financement des entreprises tout en faisant baisser la pression sur le secteur bancaire qui fait face à une crise de liquidités prononcée. Par ailleurs, l'introduction d'un plus grand nombre de sociétés connues, à la cote officielle, inciterait plusieurs agents économiques à investir en bourse ce qui participerait à canaliser une partie de la masse d'argent en circulation.

Le seul inconvénient qui pourrait être cité, en matière d’intégration à la Bourse, selon vous, réside dans l’obligation de transparence exigée par le marché. Une disposition qui impose aux managers de fournir les informations financières, tel que l’exige la réglementation boursière. Comment réagit la Bourse face à cette situation ?
L'obligation de transparence exigée par le marché n'est en fait pas le propre de la Bourse. C'est une disposition du code de commerce qui impose pour toute société commerciale la réédition des comptes sociaux. Partant de là, les actionnaires sont protégés par la loi qui leur garantit l'accès à l'information financière. Il est donc tout à fait évident que cette exigence soit reprise par la Bourse en vue de garantir la disponibilité d'une information financière fiable, qui elle-même sera un facteur décisionnel important pour tout investisseur. J’ajouterai que l'adoption des normes IFRS par l'Algérie milite en faveur de la transparence financière.

Le nombre de sociétés cotées demeure encore très marginal et bien loin des normes. Comment percevez-vous l’avenir de la place boursière si le marché financier, facteur déterminant et stimulant pour la dynamique du marché boursier, n’est plus dans ses équilibres  et que les entreprises, dans leur majorité, sont en difficulté ?
Le marché boursier peut être une solution aux difficultés que traversent les entreprises qui pourraient recourir aux marchés pour se financer, à travers, soit des augmentations ou de cession de capital, soit par des émissions obligataires. Il est important de préciser que le marché boursier ne génère pas d'inflation et permet aux investisseurs de fructifier leur argent et aux chefs d'entreprise, de financer leur croissance.

En parlant de marché financier, on ne peut occulter la problématique de l’inclusion financière en Algérie. Une faiblesse soutenue par un marché informel dont le potentiel financier est énorme. Quelles devraient être, à votre sens, les actions à engager, en priorité, et en urgence, dans le sillage des réformes financières en cours  pour remédier à cette situation ?
L'inclusion financière, qui demeure un objectif pour les pouvoirs publics, doit s'appuyer sur l'implication de l'ensemble des acteurs de l'écosystème financier national. L'informel est certes un fardeau pour l'économie mais recèle un potentiel important si nous arrivons à l'intégrer dans la sphère formelle. A ce titre, deux axes majeurs sont à considérer :
a- Le développement de la Fintech doit être encouragé d'avantage puisque la digitalisation des moyens de paiement et des transactions financières, en général, constitue la clé de voute à cette problématique. Elle permettrait de réduire considérablement la circulation du cash sur ce segment de l'informel et garantirait, en même temps, la transparence et la traçabilité des transactions.
b- Le second volet s'articule autour de l'innovation financière. En effet, il est primordial que l'offre de produits financiers soit élargie. Si pour, le secteur bancaire, des offres de placements et de crédit conformes à la charia sont aujourd'hui disponibles et que le secteur des assurances est autorisé à proposer des assurances de type takaful, la Bourse doit pouvoir offrir des solutions de financement charia compliant, à travers la mise sur le marché d'une offre riche dans le segment des sukuks. Le projet est en cours et nous espérons son aboutissement pour bientôt, pour assurer une offre globale des produits de la finance islamique.

Le projet de la «Bourse digitale» est inscrit dans votre agenda. Où en est le processus actuellement ?
Le projet de la bourse digitale avance de manière satisfaisante. N'était cette pandémie, elle aurait déjà été mise en ligne, notamment dans sa phase une. A l'heure actuelle, nous testons la solution dans ses diverses composantes. Une fois l'ensemble des fonctionnalités validé, elle sera mise en ligne.

Selon vous, en tant qu’analyste financier, comment aller vers l’équilibre des comptes de l’Etat si les alternatives au financement conventionnel ne sont pas encore trouvées ?
Même si l'Algérie traverse une situation de double stress financier et sanitaire, il n'en demeure pas moins que des solutions existent et les autorités ont lancé un vaste chantier de réformes, budgétaires et financières, pour contrecarrer les retombées mais surtout relancer la croissance. Il est encore trop tôt pour constater les résultats mais l'important est que le processus est engagé. L'adhésion et l'implication de tous les acteurs est plus que nécessaire pour sa réussite.


source: el moudjahid

Analyste: Yazid Benmouhoub

directeur général de la Bourse d'Alger...

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