Algérie:Internationalisation des banques Algériennes, le nouveau défi du futur – Article de Mohamed Haichour, Membre du Club d’Alger, Cadre à la Société Générale Algérie

  • 09 novembre 2020 / Analyses / 135 / ABI 1


Algérie:Internationalisation des banques Algériennes, le nouveau défi du futur – Article de Mohamed Haichour, Membre du Club d’Alger, Cadre à la Société Générale Algérie

La nouvelle Algérie se projette enfin dans l’internationalisation bancaire. Le Sign-on vient d’être donné par les pouvoirs publics aux banques algériennes de s’installer dans d’autres pays. Telle est donc la volonté du Président Abdelmadjid Tebboune lors de la réunion du Conseil des ministres du 20 Septembre 2020. Une décision qui renforce sa nouvelle vision pour la relance économique et les réformes bancaires avec l’introduction pour la première fois de la notion « multinationale » aux banques algériennes.  

Quelques temps après, voilà que le ministre des finances M. Benabderrahmane Ayman donne un signal fort. Il affirme lors de sa déclaration à la télévision en date du 08/10/2020, à l’occasion du forum économique algéro-espagnol, l’ouverture de la première succursale, en Europe, (fort probablement la BEA) dans les prochains jours. L’approche actuelle nécessite une présence à l’étranger pour accompagner les entreprises.

Cette excellente nouvelle vient de répondre expressément au besoin, tant manifesté, des entreprises nationales désireuses d’aller conquérir des parts de marchés ailleurs qu’en Algérie. Au même titre, cela aura aussi comme finalité de servir la diaspora algérienne à l’étranger avec 2 millions de résidents enregistrés dans les consulats, qui effectuent quotidiennement des transactions bancaires vers l’Algérie par le biais de banques étrangères. Selon les statistiques de la Banque mondiale sur les transferts de migrants africains vers leurs pays d’origine, la diaspora algérienne n’a transféré que 1.8 Mrds de dollars, en 2019, soit plus de 300 millions de dollars en moins par rapport à 2018, où les transferts ont été estimés à plus de 2.157 Mrds de dollars.

Si la diplomatie économique devient un axe stratégique pour développer l’Algérie avec l’installation des banques algériennes à l’étranger, la diplomatie financière n’en demeure pas moins un outil important aux mains de l’État. Les premiers ambassadeurs vont être les patrons de ces banques, car ils seront en contact directe et permanent avec les grands décideurs économiques du pays d’accueil. Les premières sentinelles peuvent anticiper n’importe quelle nouvelle orientation et auront accès à l’information économique et parfois même politique, dont le pays d’origine pourra tirer profit au regard des questions stratégiques avec le pays hôte et en ayant la possibilité de l’attirer dans sa sphère d’influence.

L’intégration de l’économie algérienne à l’économie mondiale est désormais une évidence qui fait l’unanimité. Le dynamisme de cette intégration pourrait être possible à travers des réformes tous azimuts, que les institutions économiques du pays, à leur tête la Banque d’Algérie, envisagent de mettre en place.

Les politiques d’ouverture suscitées par les accords de libre-échange votés dernièrement, à l’APN, ont acté l’adhésion de l’Algérie à la ZLECAF en attendant celles avec l’Union Européenne. Le processus d’internationalisation et d’ouverture de l’économie algérienne sur les pays d’Afrique est aujourd’hui lancé.

Partir s’installer dans d’autres nations est devenu nécessaire et même inévitable pour accompagner l’internationalisation relatives aux autres activités économiques. Toutefois, cette initiative ne s’accomplit pas dans n’importe quelle condition, cela requiert de la méthode, une certaine réflexion, de la prévoyance et des ressources avant le passage à l’action. L’internationalisation exige donc une vision à long terme et a pour finalité première : la compétitivité de la banque.

Initialement, lorsque la banque s’internationalise dans des pays ayant une forte diversité économique, technologique et culturelle par rapport à son pays d’origine, elle ne peut pas bénéficier pleinement des avantages de l’expansion internationale car la somme des coûts supportés est supérieure aux économies d’échelle réalisées.

Parmi les pays en développement qui ont ouvert leurs secteurs bancaires à la concurrence étrangère figurent les pays asiatiques émergents, ainsi que les pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Dans les pays asiatiques, les banques étrangères sont principalement originaires du Japon, d’Amérique du Nord et de quelques pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni). Par ailleurs, les banques françaises représentent les principales banques étrangères dans les pays du Maghreb, à côté de quelques banques arabes et américaines.

QUELLE MODÉLISATION BANCAIRE À L’INTERNATIONAL ?

Une problématique centrale vient systématiquement à l’esprit du lecteur ; pourquoi les banques algériennes, en l’occurrence publiques, sachant qu’actuellement il n’y a pas de banques privées à capital algérien opérant en Algérie, s’implantent-elles à l’étranger ? Et, quelle est la stratégie à mettre en œuvre pour faire face à la concurrence locale dans le pays hôte ?

Des questions secondaires peuvent en découler, à savoir :

  • Pourquoi les banques choisissent-elles de s’internationaliser ? Pourquoi maintenant et non pas avant ?
  • Quelles sont les critères de localisation pour les banques algériennes ? 
  • Quel est l’apport des banques algériennes pour séduire les pays d’accueil ?
  • Quels sont les objectifs envisagés des banques algériennes pour s’installer à l’étranger ?
  • Quelle est leur situation concurrentielle ?

Généralement, les raisons qui incitent les banques algériennes à s’implanter sur des marchés à l’international sont : l’accompagnement des entreprises, des opportunités potentielles dans le pays cible ou un choix stratégique en lien avec la diversification de leur portefeuille d’activités. On peut également citer le rôle de ces banques dans le développement économique locale des pays hôtes. 

Comment et à travers quelle ingénierie les banques algériennes pourront-elles s’adapter dans un système bancaire concurrentiel nouveau, qui pourrait être sensiblement différent de leur contexte habituel ?

Il est connu, à travers les expériences de certains pays leaders dans l’internationalisation bancaire, qu’il y a principalement deux facteurs clés, qui poussent les banques locales à s’internationaliser :

  • Facteurs internes : La réalisation de profit – Suivre la clientèle – Chercher de nouveaux clients – L’accès au capital et à la liquidité – Motivations managériales.  
  • Facteurs externes : saturation du marché local, un secteur bancaire dérèglementé et une activité diversifiée, les avantages que le pays hôte offre, les déterminants historiques et culturels, etc.

Il est cependant nécessaire de distinguer une banque internationale d’une banque multinationale. En effet, la banque internationale agira principalement à partir de ses politiques d’exportation depuis son pays d’origine. En revanche, la banque multinationale va se différencier par sa présence physique à l’étranger.

L’établissement à l’étranger se fait généralement à travers quatre principales formes d’implantation :

  • La banque affiliée, la filiale : elle possède un certain degré d’indépendance vis à vis de la société mère.
  • La succursale : le premier choix stratégique des pouvoirs publics est de créer une succursale, une entité qui n’est pas autonome. La maison mère détient 100% du capital de la succursale. Généralement, les pays hôtes n’aiment pas beaucoup ce type d’investissement car il n’y a pas une valeur ajoutée pour leurs économies locales.
  • Le bureau de représentation : Il assure une présence dans le pays cible et contribue à créer un lien avec les clients locaux. Il permet par conséquent à la société mère d’adapter ses services et produits dans le but de créer une filiale. En Algérie, par exemple, il existe deux banques espagnoles présentes en tant que bureau de liaison (Caixabank et Banco de Sabade ll).
  • Les partenariats et alliances stratégiques : Ils représentent un autre moyen d’expansion internationale. Ce type de développement rentre dans le cadre de la croissance conjointe. Il s’agit pour la banque de s’allier avec un autre établissement de manière plus ou moins formalisée. L’objectif étant de réaliser un projet commun sur le plan commercial ou industriel. Cette croissance peut aller de la simple relation commerciale, au partenariat ou à l’alliance stratégique.

LA DÉRÈGLEMENTATION ET LA LIBÉRALISATION FINANCIÈRE

Il est primordial pour le modèle d’internationalisation algérien, de passer tout d’abord par une déréglementation globale des règles et lois régissant le secteur bancaire. Car la réglementation a également un impact sur le choix de diversification géographique des banques. Elle désigne le processus d’assouplissement des réglementations régissant l’activité bancaire.

En effet, la déréglementation ne signifie pas l’absence de réglementation, mais une certaine adaptation avec celle déjà existante pour la rendre plus efficace. La déréglementation financière va conduire à l’explosion des innovations financières dans la place bancaire locale entraînant une très forte diversification des produits d’épargne et de financement.

On attend de cette libéralisation financière qu’elle apporte non seulement de nouveaux produits mais qu’elle permette aussi une meilleure liaison macroéconomique entre la finance et l’économie.

Il va ensuite falloir privatiser quelques banques publiques idéalement via l’introduction en bourse de certaines banques telles que la BDL et la CPA. Notons que la BNA et la BEA détiennent toutes les deux des présences à l’étrangers (BACE, UBAF, BIA). Une fois cette privatisation bancaire accomplie, les banques seront agiles et autonomes vis-à-vis de l’intervention politique dans leurs discisions stratégiques. Les banques algériennes citées ci-dessus vont être les premières banques championnes, qui s’installeront à l’étranger. Elles possèdent des qualités intrinsèques élevées (qualités des Hommes, puissance financière ou encore une approche du produit adapté au marché) leur permettant de faire face à la concurrence dans un contexte de mondialisation et ainsi attirer les acheteurs étrangers.

La meilleure illustration de l’efficacité de cette approche dite de dérèglementation financière, selon le classement des 200 premières banques d’Afrique, est Attijariwafa Bank (Maroc), laquelle se trouve être une banque privée classée première, devançant ainsi la National Bank of Egypt et la BEA.

À ce titre, les trois principaux moyens d’expansion à l’étranger conduisent les banques à se mondialiser de trois manières distinctes :

  • L’implantation de filiales véhiculant le cachet de la banque.
  • L’implantation de filiales sans l’enseigne.
  • La réalisation de fusions-acquisitions transfrontalières.
  • L’accomplissement de partenariats ou alliances stratégiques avec l’étranger.

Le monde des finances est un domaine particulièrement connu pour son évolution, qui ne cesse de s’accentuer. Les récentes évolutions ont fait qu’il rompt carrément avec le système classique et conventionnel.

Avant de songer sur une probable internationalisation des banques algériennes, il est aujourd’hui plus que nécessaire pour les pouvoirs publics de se situer par rapport aux nouveaux facteurs-clés, qui encouragent les banques à aller s’installer dans d’autres pays, tels que la désintermédiation bancaire, le développement des activités financières, l’avènement d’une nouvelle technologie et le renforcement de la réglementation prudentielle. Ce sont ces éléments marquants qui peuvent tourner à l’échec l’internationalisation de certaines banques.

LES START-UP BANCAIRES DE LA FINTECH

Dans un secteur bancaire mondial en constante mutation, pressé par de nouveaux entrants à la pointe de la technologie tels que les GAFA « Google, Apple, Facebook et Amazon), il est impératif pour les banques algériennes de repenser leurs modèles de fonctionnement.

L’offre sur les services bancaires s’est considérablement étoffée ces dernières années et les clients sont présentement connectés, informés et exigent de leur banquier une expertise qui va au-delà de ce qu’ils peuvent facilement trouver sur le web.

S’ajoute à cela, le fait que le digital a amorcé l’ère des services gratuits. Les banques traditionnelles, avec leurs agences physiques et leurs conseillers, deviennent coûteuses et sont obligées de diminuer leurs marges pour éviter l’attrition du portefeuille client. Ainsi, le défi actuel des banques est de s’adapter aux nouvelles attentes relationnelles des clients, de réinventer le métier de conseiller et de trouver de nouveaux relais de croissance.

Le secteur bancaire est l’un des plus concurrentiels. En effet, entre les banques traditionnelles, les banques en ligne et désormais les néo-banques la concurrence est particulièrement rude et nécessite donc que les acteurs concernés se démarquent. Les néo-banques tendent à avoir les mêmes fonctionnalités que les banques traditionnelles. La différence demeure dans le pilotage, qui se fait intégralement depuis un smartphone. On les appelle aussi « mobile first » ou « mobile only ». Leur but est de créer un système plus facile, plus accessible et plus transparent.

Les néo-banques sont principalement des start-up issues de la Fintech et n’ont pas toutes l’agrément bancaire. Certaines choisissent des acteurs traditionnels comme partenaires dans le but d’opérer en tant qu’établissement de paiement voire de crédit. La collaboration entre les banques et les fintechs ne cesse de se renforcer pour offrir les dernières prouesses technologiques à des clients de plus en plus aguerris et intéressés d’intégrer de nouvelles innovations dans leur quotidien. Grâce aux avantages qu’offrent le cloud, les chatbots dotés d’intelligence artificielle et l’adoption en masse d’internet, la tendance, en 2020, s’oriente vers la banque 3.0 : l’IA d’abord.

Voilà donc un modèle intéressant et moderne, compatible avec le nouveau programme du Président, qui pourra répondre à la question de l’internationalisation des banques avec pour ultime objectif « l’inclusion financière » ; capter les flux financiers de notre diaspora, à l’étranger, en concluant des partenariats entre des néo-banques européennes ou africaines avec les banques qui devraient être créées, en Algérie, dans le but de drainer la devise circulant jusque-là en dehors du secteur bancaire traditionnel.  

En effet, avec la déréglementation et la libéralisation financières, les banques mobiles représentent un créneau intéressant où les jeunes startupers algériens pourront se lancer. Durant ces dernières années, il y a eu l’émergence d’une nouvelle génération de banquiers algériens connectés et très informés sur les nouvelles pratiques bancaires internationales parce que formée via des banques multinationales installées en Algérie. Et, avec l’aide des informaticiens et programmeurs IT, ils pourront unifier leurs efforts pour créer des néo-banques (Banques Mobiles) en Algérie. Les pouvoirs publics devraient en cela encourager cette initiative sérieuse, qui pourrait bien être le future modèle d’internationalisation.

Néanmoins, il parait évident que les néo-banques perturbent le monde traditionnel bancaire. Avec des levées de fonds colossaux, fin 2019, les néo-banques revendiquaient plus de 3,5 millions de comptes actifs en France. Une augmentation de 75% en un an. La concurrence est donc bien réelle pour les banques traditionnelles.

Le retard cumulé, en Algérie, pendant des années caractérisant ce secteur, qui a stoppé sa réforme au milieu du gué et entrepris des reculades allant à contre-courant des ajustements et changements systémiques souhaités. Le digital transforme radicalement la relation client-banque dans d’autres cieux. Les établissements bancaires étrangers s’emparent progressivement des différentes technologies et outils d’intelligence artificielle pour en exploiter le plein potentiel. A l’image des Fintechs, les banques traditionnelles tentent de se réinventer pour proposer des services plus automatisés, personnalisés et orientés clients. L’IA leur offre également de nouvelles perspectives pour renforcer et faciliter la détection et la réduction des risques, des fraudes et favoriser une plus forte compliance réglementaire. Les banques algériennes sont-elles capables de conquérir ces banques en passe de standardiser et optimiser leur intégration dans leurs process de travail ?

LA COMPLIANCE EST-ELLE UN FREIN OU UNE PROTECTION POUR LA BANQUE ?

Un volet, et pas des moindres, est celui de la montée en puissance du métier « Compliance » (en français : conformité), qui jusqu’ici reste un jargon bancaire méconnu de la plupart des banques algériennes. Au sein du système bancaire, cela peut s’expliquer à travers les amendes imposées par les régulateurs et services judiciaires occidentaux, principalement américains sur les banques qui effectuent une partie de leurs transactions en dollar américain ou qui ont des filiales installées sur le territoire étasunien. C’est un peu moins de 30 milliards de dollars, qui ont été prélevés comme amende sur le système bancaire mondial depuis 2008.

Les établissements financiers dépensent donc sans compter pour se protéger à l’image de Standard Chartered, qui a puisé l’an dernier 20% de son profit avant impôts afin de perfectionner sa compliance. Il y’a aussi l’exemple des banques britanniques qui ont consacré, selon la « Financial Conduct Authority », près de 6.5 milliards de dollars, en 2018, dans la lutte diverse et variée contre les blanchiments en tous genres.

Pour autant, il semblerait que 2019 et 2020 soient les années du « Peak Compliance » du fait de la révolution de l’Intelligence artificielle et du Big-data. Dans ce registre, HSBC envisage d’assigner un « bot » à chacun de ses clients, lequel jouerait en quelque sorte le rôle de « mouchard ». 

Avant de se lancer à l’étranger, quel que soit le modèle choisi, en tant que filiale ou bien comme succursale, tel que cela a été annoncé par le ministre des finances, la banque concernée doit se mettre à niveau, sans délai, sur le plan de la compliance par rapport aux lois et réglementations américaines mais aussi européennes afin d’éviter à la banque algérienne d’être sanctionnée à travers une amende, qui pourra la pousser vers la faillite.

Cette flexibilité que les banques algériennes locales, en l’occurrence les banques publiques, disposent en matière de conformité réglementaire des actions trade finance, comme par exemple domicilier des opérations avec la Libye ou bien l’Iran, le transfert des fonds vers des personnes tierces « Payment Third Party » c’est-à-dire la mise à la disposition des fonds pour des personnes physique auprès d’autres banques, disparaitra au premier jour où la banque étendra son activité à l’étranger et perdra donc automatiquement cette souveraineté temporaire.

La mise à niveau des outils (procédures opérationnelles et managériales, système d’information, formation, KYC, assainissement du portefeuille client) va coûter tellement cher que l’option de s’internationaliser deviendra hautement risquée pour la banque elle-même.

QUEL ADN LA BANQUE ALGÉRIENNE DOIT AVOIR ?

Posséderait-elle l’ADN adéquat pour entamer à elle seule la démarche d’internationalisation sans faire appel à des institutions spécialisées dotées d’une expérience avérée dans le domaine pour pouvoir mener à terme les étapes d’implantation à l’étranger ? 

L’internationalisation des activités bancaires nécessite de tenir compte de la culture historique des organisations. Chaque banque reste plus ou moins ancrée dans son système de valeur ainsi que dans un mode d’organisation lié à sa culture et à son histoire. En fonction des banques, les relations entre les filiales et la maison mère peuvent être radicalement différentes et ainsi modifier le mode d’organisation. L’orientation culturelle de l’entreprise, souvent véhiculée par l’enseigne, est une étape notable dans le processus d’internationalisation des établissements. Un grand travail de fond attend ces banques afin de fédérer tous les employés derrière leur slogan.

Il est nécessaire pour les banques algériennes, qui veulent s’internationaliser, d’identifier précisément les compétences dont elles ont besoin à travers une cartographie des lignes de métiers présentes au sein de la banque, cela dans le but de sélectionner la ressource humaine indispensable au processus d’internationalisation.

Durant des années, l’Algérie, à travers les banques en place, disposait de plans de formation spécifiques, que cela soit à l’échelle locale ou à l’étranger. L’objectif étant de former d’excellents banquiers très convoités et reconnus par d’autres places financières à l’international, qui profitaient de leurs expertises à un moment où l’Algérie peinait à les garder au sein de ses banques. D’ailleurs pas aussi loin que la semaine dernière, le ministre des finances entamait des négociations pour la hausse des quotas liés aux banquiers algériens opérant au sein d’institutions financières régionales ou internationales dans lesquelles l’Algérie est actionnaire. Cette demande permettra aux algériens d’upgrader leurs connaissances selon l’évolution des pratiques financières internationales.

Il est impératif de concevoir les outils, qui vont permettre de sélectionner les candidats pour les postes et d’évaluer leurs compétences peu importe leur provenance, culture, genre ou nationalité. L’identification des compétences-clés nécessaires pour qu’un individu s’adapte aux évolutions économiques, techniques et sociales et soit plus autonome pour gérer les situations complexes à venir est un préalable pour toute démarche constructive.

LES TABOUS INHÉRANTS À LA POLITIQUE DE LA RÉMUNERATION

Il est important de se décomplexer. La politique de rémunération dans la banque algérienne, en l’occurrence publique, peut engendrée une série de contraintes. En effet, une fois que la banque sera installée à l’étranger, elle doit pouvoir justifier les différences de salaires entre les membres de son personnel au risque de susciter des tensions sociales. Les règles de fixation du salaire doivent être les plus légitimes possibles et adossées si possible à des règles explicites et négociées. Si la banque algérienne ne propose pas de salaires à des niveaux similaires que ce que font ses concurrents, elle prend le risque de ne pas pouvoir recruter et de perdre son personnel en place.

La rémunération est l’un des éléments de motivation et d’implication du personnel. Elle peut être fixe ou variable, financière ou non financière. Les pratiques de rémunération sont assez fortement conditionnées par la culture locale et sont très hétérogène d’une banque à l’autre. 

L’INFORMATIQUE LE CŒUR PALPITANT DE L’ACTIVITÉ BANCAIRE

En ce qui concerne le volet informatique et la gestion de l’information, les banques algériennes locales posséderont-elles un progiciel « Core Banking System, (CBS) » ainsi qu’un système d’information fiable et fluide qui répondront au besoin d’une banque voulant s’internationaliser ? Cela, prend en charge de manière intégrée toutes les opérations bancaires courantes et le reporting intra-groupe.

Même si les progiciels promettent une prise en charge intégrée de toutes les problématiques bancaires, le choix d’un CBS doit être réfléchi. Plusieurs critères doivent être pris en compte. Toutefois, au-delà des métiers, tous les établissements bancaires ne sont pas comparables.

En effet, il faut considérer la taille, le niveau de développement de la banque ainsi que ses objectifs stratégiques (s’équiper en termes de SI, élargissement des offres, rationalisation et réduction des coûts, …). Cela est même valable au sein d’un groupe bancaire, car toutes les entités ne sont pas toujours comparables (succursales, filiales…).

FINTECH, BANQUES, GÉANTS DU WEB : QUI SERONT LES CHAMPIONS BANCAIRES DE DEMAIN ?

En conclusion, Le virage de 2008 avec la crise de Subprimes était décisif pour que les dirigeants de banques à l’échelle mondiale commencent à examiner de près les possibilités en termes de fusion-acquisition. Le désendettement, la pression des régulateurs en faveur des réformes et la nécessité pour les banques de mener leurs activités de façon plus rentable auront pour conséquence que de nombreux actifs du secteur financier vont probablement être vendus dans les années à venir. A l’instar de la CaixaBank et de la Bankia, respectivement troisième et quatrième plus grands groupes bancaires espagnols par les fonds propres CET1, celles-ci ont officialisé, le 3 septembre 2020, l’ouverture de négociations en vue d’une potentielle fusion. Idem pour la Société Générale qui fusionne avec sa filiale Crédit du Nord. Un certain nombre de banques vont en outre abandonner les activités sous-dimensionnées ou annexes dans les marchés périphériques.

Un certain nombre de transactions ont consisté pour les grandes banques à faire le choix de céder des actifs dans les domaines non essentiels ou sous-dimensionnés afin de consolider leurs fonds propres ou éviter de devoir accepter un financement public et les restrictions supplémentaires qui en découleraient. Dans cinq ans, la façon de faire de la banque de proximité aura radicalement changé. Les banques qui ne se réinventeront pas disparaîtront. Quelle sera donc la place des banques algériennes qui vont s’installer dans des pays où dominent les géants du système bancaire mondial ?  

Mohamed Haichour MSc, EMBA :

Membre du Club d’Alger du Centre Algérien de Diplomatie Économique Senior Corporate Sales  à Société Générale Algérie


source: algeriancenter.com

Analyste: Mohamed Haichour

...

A voir aussi