ALGÉRIE-"Il va falloir très vite relancer l'économie" Mourad Goumiri, expert financier

  • 30 décembre 2019 / Analyses / 227 / Africa-Bi1


ALGÉRIE-"Il va falloir très vite relancer l'économie" Mourad Goumiri, expert financier

Dans cet entretien, l'universitaire et expert financier Mourad Goumiri explique que, dans la conjoncture actuelle, il ne faut rien attendre des prix des hydrocarbures. Selon lui, c'est sur le front des équilibres intérieurs qu'il va falloir agir pour diminuer les déficits.
Liberté : L'Algérie aborde la nouvelle année 2020 dans une conjoncture qui n'incite guère à l'optimisme : tensions politiques, marasme économique. Comment s'annonce, selon vous, cette nouvelle année ?Mourad Goumiri : Effectivement, la conjoncture peut paraître peu propice dans tous les compartiments de notre pays, mais on peut également déceler une autre vision, après l'élection du président de la République (peu importe ce que l'on en pense). Il me semble qu'aujourd'hui le premier étage de l'édifice, pour une deuxième République, est en construction. Imaginons seulement que ces élections n'eurent pas lieu ou qu'elles auraient occasionné des émeutes sanglantes ?
Ceci étant dit, l'édifice est fragile, et la première décision à prendre est celle de le consolider par des mesures concrètes, qui ont un impact sur la situation réelle.Le président élu aura la lourde responsabilité de nommer un Premier ministre qui devra former un gouvernement pour prendre en charge les problèmes les plus urgents dans un premier temps, puis de s'attaquer aux problèmes structurels qui nécessitent une plus grande période de maturité. À l'évidence, un projet de loi de finances complémentaire est d'une nécessité vitale pour assurer les grands équilibres macroéconomiques.
Les défis sont énormes autant sur le plan politique qu'économique. Quelle sera la marge de manœuvre du nouvel Exécutif face au déficit de légitimité ?
Il ne me semble pas que la légitimité et son "déficit" soient de nature à régler ou pas les problèmes qui se posent pour l'année 2020, mais la pertinence des décisions prises, elle, risque de consolider ou pas les réponses aux problèmes. Les marges de manœuvre sont effectivement réduites compte tenu du passif lourd que les pouvoirs antérieurs ont laissé et les fuites en avant érigées en système de gestion des grands équilibres macro-financiers. En outre, il va falloir très vite relancer l'économie et régler le sort des entreprises des oligarques emprisonnés, au niveau judiciaire, mais également au niveau économique et financier.
Ce problème est sensible et les décisions prises risquent de créer des abcès de fixation populaire, voire populistes, si elles ne sont pas prises avec équité. Il ne faut rien attendre de la conjoncture au niveau des prix des hydrocarbures, même si la décision Opep/non-Opep a diminué la production de 500 000 barils/jour, ce qui va seulement stopper la chute des prix, pour le premier semestre 2020, et certainement les stabiliser autour de 60 dollars. C'est donc sur le front des équilibres intérieurs qu'il va falloir agir pour diminuer les déficits sur tous les marchés. Les options sont claires, mais les résultats aléatoires.
Continuer à tirer sur la planche à billets, dévaluer substantiellement le dinar, procéder à des coupes drastiques sur les dépenses de fonctionnement, augmenter les impôts et taxes, revenir à l'endettement extérieur, ouvrir le robinet du financement des projets rentables... Autant d'options à orchestrer dans une politique globale et cohérente qui nécessitera la mise en place d'un filet social afin de ne pas fragiliser encore plus les couches les plus vulnérables de la population. Tout un programme !
Sur le plan économique, la loi de finances 2020 s'interdit, en principe, le financement non conventionnel. Dans une situation de raréfaction de ressources, que faire sans recours à ce financement non conventionnel ?
Il reste encore quelques ressources non utilisées de l'opération dite de financement non conventionnel, qui seront certainement mises à contribution, mais elles ne suffiront pas à couvrir les déficits et il faudra recourir soit à augmenter les recettes, soit à diminuer les dépenses, c'est simple à comprendre, mais difficile à mettre en œuvre ! D'autant que certaines dépenses sont incompressibles (Cnas, CNR...), sauf à réformer profondément le système de couverture sociale et des retraites.
Pour générer des ressources fiscales, il faut accroître la croissance économique, c'est à cet endroit que le gouvernement peut introduire des réformes structurelles pour libérer l'acte d'investir et réintégrer le marché informel dans celui formel. La privatisation productive d'un certain nombre d'actifs publics (services, tourisme, transport...) peut également générer des ressources, à condition qu'elle ne ressemble pas à ce qui a prévalu antérieurement. Enfin, la privatisation peut également s'opérer par l'ouverture de certains secteurs aux capitaux privés nationaux et internationaux.


source: Liberté

Analyste: Mourad Goumiri

universitaire et expert financier...

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