Algerie:“Il faut une politique fiscale incitative pour encourager le e-paiement”

  • 13 septembre 2020 / Analyses / 126 / ABI 1


Algerie:“Il faut une politique fiscale incitative pour encourager le e-paiement”

Dans cette interview, Rafik Boussa revient sur les raisons qui sont à la source du retard accusé en matière de dématérialisation des moyens de paiement en Algérie. L’expert suggère, entre autres solutions, la mise en place d’une politique fiscale incitative.

Liberté : L’Algérie accuse un retard dans le développement du paiement électronique par rapport à ce qui se fait de par le monde. Quel constat pouvez-vous en faire ?
Rafik Boussa : Effectivement, l’Algérie est très en retard dans l’utilisation du e-paiement en comparaison à ce qui est pratiqué dans le monde. Aujourd’hui, même les paiements scripturaux tels que le chèque, la carte bancaire… ne sont pas répandus dans notre pays.  

Quelles sont, selon vous, les raisons à l’origine de ce retard ? 
Les raisons qui ont engendré ce retard sont multiples. D’abord, l’on doit évoquer le problème de la réglementation. En Algérie, il y a cet esprit qui fait que sans une autorisation, tout est interdit. Dès lors que tout est interdit sauf autorisation, il ne peut y avoir d’innovation soit dans le domaine financier ou autre.

Aujourd’hui, on parle de réforme, voire d’innovation, financière bancaire en matière de paiements digitaux (via code à barre, mobile…) en Algérie, l’on veut réellement lancer une telle initiative dans un cadre réglementaire, mais ce dernier tarde à venir. Le système juridique est fondé sur cette règle sacro-sainte que tout est interdit sauf s’il y a autorisation.

Or, dans les pays anglosaxons, par défaut, tout est autorisé. Vous êtes libre de faire tout ce que vous voulez sauf s’il y a interdiction. Le cadre réglementaire constitue un facteur de blocage. L’autre problème a trait à la fiscalité. Le paiement électronique signifie forcément traçabilité des transactions.

Ce qui pousse les opérateurs à éviter  cet  instrument  de  paiement. Ce qui explique d’ailleurs  l’ampleur  de  l’évasion  fiscale dans notre pays. D’où la nécessité de prôner une politique fiscale incitative dans le but d’encourager le e-paiement. Exonérer, par exemple, les usagers de ce type de moyen de paiement de la taxe sur l’activité professionnelle (TAP). La troisième raison est qu’il faut de nos jours démocratiser les moyens de paiement.

Cela fait plus  de  trente  ans  que l’on parle de carte bancaire avec tous les retards pris pour sa généralisation, alors qu’il existe des mobiles avec des taux de pénétration de 200%. Il faut à mon avis encourager le mobile paiement plutôt que de doter les citoyens de cartes, d’installer des terminaux électroniques (DAB) avec toutes les péripéties d’utilisation de ces appareils.

Pourquoi  vouloir  investir  sur  les  cartes  bancaires  alors  qu’il existe  des solutions technologiques moins coûteuses, plus rapides à déployer et simples à utiliser à même de rattraper le retard pris dans ce domaine par rapport aux autres pays. Avec un smartphone ou simple mobile, l’on peut généraliser le e-paiement. 

Quelles solutions suggéreriez-vous aux fins d’accélérer la cadence dans ce domaine ?
Il faut impérativement et rapidement déployer les nouvelles technologies tel le paiement  mobile. Il  y  a lieu  de  démocratiser  aussi  l’interopérabilité entre réseaux postal et bancaire. Il faut conjuguer  les  efforts de ces institutions et mettre en place une certaine convergence entre elles. 

Le ministère du Commerce a fixé au 31  décembre  2020  le  dernier délai accordé aux commerçants pour l’usage des TPE. Pensez-vous que tous les commerçants seront au rendez-vous ?
Je  pense  qu’on  va  assister  à  un  autre  report  de  ce délai.  Car,  des commerçants ne voudront pas exécuter une telle instruction. Cela dit, le commerçant peut se conformer à cette réglementation en utilisant son propre téléphone comme moyen technologique de paiement. Certains commerçants, même s’ils vont se doter de TPE, ne les utiliseront pas afin d’éviter le contrôle. 

Ce retard a-t-il des conséquences sur les plans économique et social ?
Oui, il y a un impacte direct et négatif sur  les  plans  économique et social et même sanitaire. Avec la pandémie de Covid-19, l’on voit se former de longues chaînes devant ces institutions financières à cause d’un manque de liquidités.

L’Algérie  n’est  plus  un  pays attractif en termes d’investissements étrangers. Par ailleurs, ce retard accentue aussi le phénomène des faux billets, le vol, la contrebande  et  autres  trafics.  Or,  avec  le e-paiement, le  citoyen est libre d’utiliser  son  argent  à  sa  guise. Ce  qui  va  renforcer  l’épargne  de  la 
clientèle.    

Pensez-vous  qu’avec  cet  instrument  de  paiement  la  relation  de confiance entre le citoyen et la banque sera rétablie ? 
Oui. Grâce au e-paiement, cette confiance sera rétablie. Il faut impérativement développer et généraliser à travers le pays ce moyen de paiement.
 


source: Liberté

Analyste: Rafik Boussa

Rafik Boussa a plus de 18 ans d'expérience professionnelle en conseil aux entreprises. Il est cofondateur de la firme Accounting Financial Consulting (A.F.C.) Spa qui a rejoint Grant Thornton Internat...

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