Tunisie-Les producteurs de framboise voient rouge



Tunisie-Les producteurs de framboise voient rouge

Les producteurs de framboise sont aux abois. Subitement, les prix de ce petit fruit rouge ont dégringolé de 60% sur les marchés européens, première destination des exportations. En cause, la persistance de la vague de froid qui fait que la consommation soit portée sur d’autres fruits, notamment les agrumes.

Or, l’hiver concède normalement un avantage compétitif au producteur marocain vu que la production en Europe arrive à terme  en cette période. Mais pour la profession, il y a aussi une forte croissance des superficies et de production. Selon Amine Bennani, vice-président de la  Fédération interprofessionnelle marocaine des fruits rouges, «la campagne 2018-2019 a montré les limites de ce modèle de production».

La période de pic qui s’est étalée sur les deux dernières semaines de janvier a été marquée par une production de plus de 200 tonnes/jour. Une offre qui a dépassé de très loin la capacité d’absorption des marchés européens. «Du coup, les prix ont subitement baissé en janvier à moins de 30 DH/kg», est-il précisé.

Ce niveau ne couvre même pas les coûts de production qui, selon l’interprofession avoisinent les 45 DH/kg. «Et la tendance baissière devrait se poursuivre sur ce mois de février», prévient le vice-président de l’interprofession. Puisque les prévisions de production de l’actuelle campagne font état d’une forte hausse par rapport aux précédentes saisons.

Le pays a enregistré ces dernières années une forte hausse des superficies plantées en framboise aussi bien dans la région du Loukkos que celle du Souss- Massa.  En une décennie, elles sont passées de 30 hectares  à plus de 2.400 hectares cette saison. L’installation de la culture se déroule entre mai et août pour une production hivernale dont la cueillette démarre vers le mois de novembre et s’étale jusqu’à  juin de l’année d’après.

Hautement périssable, la framboise est exportée à l’état réfrigéré (4 degrés). D’où sa limite à gagner les marchés outre atlantique ou ceux des pays du golfe comme c’est le cas pour les autres fruits rouges, en particulier la fraise.

Pour la fédération des producteurs et exportateurs des fruits rouges, l’urgence d’une adaptation du framboisier aux conditions du marché s’impose. «D’autant plus que le débouché local ne constitue pas une soupape de sécurité vu sa désorganisation et les bas prix offerts», relève Bennani.

Il faut dire que la filière des fruits rouges attire les investisseurs. En particulier, de grands groupes aussi bien nationaux qu’étrangers. C’est que la filière est capitalistique (voir repères) mais aussi hautement rentable. 

De  moins d’un millier de tonnes en 2008, la production est passée cette année à 20.500 tonnes. Cet essor est le fait tout particulièrement de gros investisseurs qui disposent de moyens logistiques appropriés. Ceci, aussi bien au niveau de la production agricole que de la valorisation et de l’export. Sauf, que la rentabilité dépend aussi des conditions climatiques favorables.

Et c’est le cas dans le périmètre du Loukkos. La zone concentre en effet, les 4/5e de la production nationale de la fraise, la framboise et la myrtille. Elles génèrent aujourd’hui un chiffre d’affaires avoisinant les 3 milliards de DH et assurent plus de 6 millions de journées de travail durant 9 mois au niveau des exploitations agricoles et des stations de conditionnement.

La zone du Loukkos compte une vingtaine d’unités de conditionnement et de surgélation installées pour la majorité par des investisseurs délocalisés.

Le périmètre du Loukkos dispose en effet de plusieurs atouts qui expliquent la dynamique. D’abord, la ressource hydrique ne fait pas défaut.  La proximité des marchés européens a ensuite favorisé l’installation de producteurs et exportateurs européens,  notamment espagnols. Le tout, stimulé également par les incitations à l’investissement, notamment les subventions aux équipements de l’irrigation localisées et les stations de conditionnement.


source: L'Economiste

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