Sénégal:Pour une loi portant protection intégrale des arbres dans les villes et villages du Sénégal



Sénégal:Pour une loi portant protection intégrale des arbres dans les villes et villages du Sénégal

«Je recommande à l’ensemble de nos compatriotes, la plantation d’arbres. Il faut reverdir le Sénégal. Il faut planter et toujours planter.» (Président Macky Sall)

En vérité, j’avais commencé à baisser les bras, découragé par cet entêtement de mes compatriotes qui, dans les terroirs villageois comme dans les centres urbains, s’acharnent nuit et jour sur les arbres avec une férocité qui dépasse l’entendement ! Tous les prétextes sont brandis pour étêter, élaguer, effeuiller, abattre ou brûler un arbre !
J’ai toujours cru en l’arme de la sensibilisation dans la mesure où l’Homme, bien que doté d’intelligence et de raison, est le plus grand destructeur des écosystèmes et le plus grand tueur de la planète ! C‘est la raison pour laquelle, durant mes 40 ans de service dans l’administration des Eaux, des Forêts et des Parcs nationaux, j’ai souvent produit des émissions radiophoniques intitulées «La voix de la nature» à Radio Tambacounda et à Radio Kaolack. C’était pour sensibiliser les populations, à l’époque où la Rts était dénommée Office de radiodiffusion télévision du Sénégal (Orts).
En plus de ces émissions, j’ai écrit par la suite deux livres pour sensibiliser. L’un titré « L’arbre est la vie » a été préfacé par le Docteur Jacques Diouf, ancien directeur de la Fao, l’autre consacré à « L’eau source de paix et de sécurité » porte la préface de Sem Macky Sall, Président de la République. Tous ces deux ouvrages ont été validés par le ministère de l’Éducation nationale du Sénégal.
Me voilà donc sur le point de déposer armes et munitions et laisser les Sénégalais se faire hara-kiri en détruisant leur précaire et fragile biodiversité. Mais, mon découragement a été très vite arrêté ces jours-ci par cette déclaration bénéfique magique du Chef de l’État, le Président Macky Sall, à l’occasion de la 37ème édition de la Journée nationale de l’arbre célébrée le 5 août 2020 : «Planter un arbre, c’est donner vie à tout un écosystème, renforcer nos forêts et lutter contre l’érosion. Cette pandémie qui frappe nos pays a pour origine quelque part, les déficiences qui ont été notées, surtout la perte de la biodiversité. Planter un arbre est un acte de haute portée civique et une nécessité vitale qui améliorerait notre cadre de vie, valoriserait nos habitations et nous préserverait de la pollution et des méfaits des changements climatiques !» Il était temps, Monsieur le Président, d’annoncer l’«Année de l’arbre» et aussi la «Décennie de l’arbre».
Mais, en plus de tout cela, je voudrais vous suggérer très respectueusement de faire voter une loi portant protection intégrale de tous les arbres poussant dans les villes et villages du Sénégal.
Cette proposition trouve sa raison dans le massacre généralisé des arbres au Sénégal et le constat apocalyptique de la déforestation rurale et urbaine. Les beaux arbres qui bordaient la corniche ouest à Dakar ont presque tous disparu. Ils ont été remplacés par de vieux cocotiers qui avaient pratiquement atteint la limite de leur longévité et de leur croissance. Le résultat est visible. Ces palmiers avaient péniblement supporté la crise de transplantation. Ils en ont souffert et en sont morts dans leur majorité ! Malheureusement, les initiateurs qui ont fait ce choix risqué, se sont entêtés à les remplacer par d’autres sujets aussi vieux, au lieu d’utiliser de jeunes cocotiers vigoureux et en pleine croissance ! En plus, cette zone littorale rocailleuse de la région de Dakar ne convient pas véritablement au cocotier, d’une manière générale. L’écosystème de ce palmier exige un sol sableux, riche, salin et bien drainé. Pour bien se développer, le cocotier a besoin de lumière et d’humidité. Il doit être bien arrosé de manière à éviter que la terre soit desséchée autour de son système radiculaire. Un apport d’engrais est parfois nécessaire pour faciliter son développement. Je ne crois pas que les cocotiers de la corniche ouest bénéficient de toutes ces conditions écologiques indispensables pour pouvoir remplacer efficacement les filaos et autres prosopis qui bordaient cette corniche !
Pour sa part, l’autoroute à péage a fait payer aux arbres un très lourd tribut. En effet, au lieu de la border de plantes résistantes et vivaces du genre filaos, caïlcédrats, flamboyants, eucalyptus, prosopis ou autres, les entreprises responsables ont réalisé de timides plantations d’espèces ornementales buissonnantes souvent fragiles et rabougries au niveau de quelques échangeurs. Ainsi, contrairement à ce qui se passe dans des villes modernes comme Dubaï et Abu Dhabi, soucieuses des questions environnementales, l’autoroute à péage et d’autres axes routiers du pays sont essentiellement composés de béton, de goudron et de ferraille, ne laissant aucune place aux arbres et aux parterres fleuris. À la place des arbres, ce sont surtout des forêts de panneaux publicitaires qui occupent l’espace le long des routes. Cela se traduit d’ailleurs par de graves accidents de la circulation du fait que ces panneaux détournent l’attention des conducteurs ou leur cachent une partie de la route ou certaines intersections dangereuses.
La route de l’aéroport L.S. Senghor, de son côté, a été littéralement ravagée par le déboisement urbain pour diverses raisons. À partir de la Patte d’oie, le goudron, le béton et le fer ont ravi la vedette aux arbres et aux espaces verts. La Vdn, quant à elle, a perdu ses flamboyants aux belles fleurs pourpres au seuil de l’hivernage. Même les grandes avenues de Dakar-Plateau ont été impitoyablement frappées par le déboisement urbain. Les avenues Pompidou et Léopold S. Senghor, ex-Roume, ont vu leurs caïlcédrats agressés de toutes parts. Heureuse exception ! Une banque qui avait fait abattre quelques caïlcédrats pour raison de travaux de rénovation de son siège, les a remplacés avec bonheur par des sujets solides qui se sont très bien développés aujourd’hui. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Tout récemment, les travaux de pavage de l’avenue Jean Mermoz à la pointe nord de Saint-Louis et la construction de la voierie du Bus rapid transit (Brt) à Dakar ont provoqué un véritable carnage des espaces verts et d’alignement entre Guédiawaye et les Parcelles assainies. Même les neems de la place de l’Obélisque ont été rasés, pour ne pas gêner la mise en place des tribunes officielles !
Il est temps de mettre un terme à l’abattage anarchique des arbres pour des motifs de plus en plus fantaisistes, avec la bénédiction et la complaisance de certaines autorités municipales qui délivrent avec désinvolture des autorisations préalables sur la base desquelles, le service des Eaux et Forêts délivre, souvent à contrecœur, des permis d’abattage.
Un autre fléau contribue dangereusement à la désertification urbaine. Il s’agit des élagages abusifs. Certaines municipalités, sociétés nationales et autres particuliers, non seulement élaguent abusivement les arbres, mais ne contribuent nullement à la restauration des plantations des rues, avenues et places publiques dans les villes. C’est ainsi que le splendide flamboyant qui avait la forme d’un superbe parasol orné de fleurs écarlates et qui faisait la fierté de la route de l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, près de la mosquée inachevée de Yoff, a cruellement été étêté et mutilé par des individus ignorant manifestement les règles les plus élémentaires de la sylviculture et de l’élagage.
Dans l’intérieur du pays, Thiès est en train de perdre inexorablement son charme et ses magnifiques arbres centenaires, si les autorités et les populations de cette ville ne se mobilisent pas fermement pour arrêter le massacre. La plupart des caïlcédrats géants de la route de la gare (Avenue du Général de Gaulle) ont été arbitrairement et abusivement abattus par des propriétaires de cantines, avec la complicité indéniable des autorités locales.
Ma ville natale Saint-Louis, elle aussi, n’a pas échappé à la catastrophe du déboisement urbain. Beaucoup d’arbres dans la « vieille ville française » sont devenus très vieux, sont souvent agressés et très mal entretenus. Certains ont tout simplement disparu du décor de la ville. Le plus célèbre des arbres de Saint-Louis, le mythique baobab dénommé «Guy séddële», a disparu à jamais du paysage historique saint-louisien, sous le poids des ans et la violence des vents. Heureusement, l’Association Guy Séddële a eu la sagesse et l’heureuse initiative de planter un autre baobab solide et bien portant, en lieu et place du légendaire Guy Séddële !
L’avenue Dodds, (devenue Serigne Mourtada), à l’époque de la colonisation, s’appelait «Allée des cocotiers» du fait de cette superbe haie de cocotiers qui bordaient ce joli boulevard de Ndar-Toute. Aujourd’hui, le seul cocotier qui avait survécu et qui était dangereusement incliné au-dessus du marché de Ndar-Toute, s’est malheureusement effondré sous le poids des ans.
Revenons à la région de Dakar où dans un passé récent, nous avions toujours admiré les impressionnants fromagers de Sébikotane avec les colonies de hérons et autres cigognes qui avaient fait de ces arbres des dortoirs et des nichoirs qui surplombaient la route. Aujourd’hui, ces magnifiques fromagers se sont tous effondrés sous la hache aveugle et impitoyable des bûcherons et des bulldozers !
En pourtant, les bienfaits de l’arbre sont nombreux et indéniables. Planté le long des axes routiers, l’arbre protège l’emprise de la route, consolide sa durabilité et réduit les pollutions sonores. L’arbre défend la route contre les rafales de vents violents et la préserve des érosions, ravinements et glissements de terrain de toutes sortes. Dans les établissements humains, l’arbre réduit la teneur de l’air en gaz nocifs. Il filtre et absorbe les gaz polluants. Il produit chaque jour une quantité d’oxygène utile à la respiration d’environ 40 personnes. Son absence favorise l’effet de serre, réduit l’ombrage et intensifie la chaleur et l’évaporation. Des espèces comme l’eucalyptus et la Niaouli permettent d’atténuer les méfaits des inondations ! Il faut rappeler que ces arbres sont très efficaces dans les opérations de drainage.
Pour toutes ces raisons, il faut saluer l’heureuse décision du Chef de l’État de faire intégrer l’arbre dans toutes les constructions. En effet, l’arbre ajoute de la beauté et de la magnificence à l’œuvre de l’architecte. En plus de cette bénéfique mesure, il conviendrait d’imposer la dimension plantation d’arbres d’alignement ou d’ombrage dans tout programme de réalisation de routes au Sénégal. Compte tenu de la gravité du phénomène, il serait souhaitable et urgent d‘étendre les pouvoirs de l’Agence de la reforestation et de la grande muraille verte à la mission de lutte contre le déboisement urbain et la promotion du reboisement des établissements humains. L’ampleur du fléau le justifie largement et l’enjeu en vaut véritablement la chandelle !
Les multiples bienfaits de l’arbre évoqués par la sainte Bible et le saint Coran, depuis la nuit des temps et dont nous jouissons quotidiennement, devraient nous inciter à prendre conscience de la valeur de l’arbre dans notre vie. C’est une obligation pour nous tous de l’entretenir, de le protéger, de le respecter, de le défendre, de l’aimer, de le faire aimer par tous, pour tous et pour toujours.


source: lesoleil.sn

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