Sénégal : Macky Sall présente un plan post-Covid de reprise économique



Sénégal : Macky Sall présente un plan post-Covid de reprise économique

Le Sénégal a tenu le 29 septembre 2020, sous la présidence du chef de l’Etat, Macky Sall, un conseil présidentiel sur la relance de l’économie en présence de l’ensemble des parties prenantes de la politique économique et sociale du Sénégal. La rencontre qui s’est au Centre international des Conférences de Diamniado (CICAD) avait été instruite par le président sénégalais, le 13 août, au Ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération, organisateur de l’événement.

Quelque 300 participants ont assisté à la réunion. Ainsi, outre les représentants du Gouvernement et des services étatiques, l’on a relevé les délégués du Secteur privé, les Partenaires au développement, les Elus locaux, l’Assemblée nationale, le Haut conseil des collectivités territoriales, le Conseil Economique social et environnemental, le Haut Conseil du Dialogue social, etc.

Après six années consécutives de mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent (PSE) marquées par des résultats très satisfaisants avec un taux de croissance moyen annuel de 6,6% durant toute la période, la pandémie de la COVID-19 est venue secouer fortement cette dynamique, relève un communiqué du ministère du Plan et de l’Economie. Au déclenchement de la pandémie, le président Macky Sall avait mis en place des mesures d’urgence à travers le Programme de Résilience Économique et Sociale (PRES) doté de 1 000 milliards de francs. Tirant les enseignements de la crise et des nouveaux défis, pour assurer la relance de notre économie, une réorganisation des priorités a été définie.

Dans cette perspective, le Sénégal a procédé à l’ajustement du deuxième Plan d’Actions Prioritaires (PAP II) du Plan Sénégal émergent (PSE) pour la relance de l’économie. C’est ce plan, communément appelé PAP II ajusté et accéléré ou PAP 2A, qui a été présenté durant ce conseil présidentiel. « Il s’agit de partager avec les différents participants cet ajustement, bâti autour d’une volonté forte de recentrage de nos priorités pour atteindre les objectifs cruciaux de souveraineté alimentaire, sanitaire et pharmaceutique et réaliser un développement endogène, porté par un secteur privé national fort pour permettre à notre pays de maintenir le cap vers l’émergence en 2035 », précisait le ministère de l’Economie en prélude à la rencontre.

De la résilience à la relance

Dans son allocution, le président Macky Sall a rappelé la situation difficile du pays à la sortie de la pandémie: ” A titre illustratif, notre taux de croissance du PIB, initialement projeté à 6,8% pour 2020, pourrait
chuter en dessous de 1%”. Insistant sur une démarche participative et sur l’humilité face à l’inconnu, le chef de l’Etat est passé en revue de divers programmes comme celui concernant le volet santé en particulier: “en plus des efforts substantiels consentis dans la lutte anti COVID-19, dont 35 Centres de traitement, nous finalisons actuellement le Plan d’investissements 8 pour un système de santé résilient et pérenne d’un montant de plus de 500 milliards de fcfa” .

“Aujourd’hui, forts de nos acquis, mais également conscients de nos limites et de nos vulnérabilités, il s’agit pour nous d’amorcer une nouvelle séquence dans la gestion de la crise COVID-19, en passant de la résilience à la relance, et en nous basant toujours sur la vérité des faits”.

Et à l’épreuve des faits, poursuit le président sénégalais, l’expérience
enseigne trois constats : personne ne peut prévoir la durée de la pandémie, il faut apprendre à vivre avec le virus et l’impossibilité, dans la gestion optimale de la pandémie Covid-19, de choisir la Santé au détriment de l’économie ni l’économie aux dépens de la Santé. “Pas d’économie qui prospère sans la bonne santé ; et pas de bonne santé durable sans l’économie qui la finance”, poursuit le président Sall.

En somme, “il nous faut travailler pour faire vivre notre économie, tout en veillant sur notre santé. Voilà ce qui fonde notre stratégie pour remettre notre pays sur la trajectoire de croissance forte d’avant COVID-19, afin de maintenir le cap sur l’émergence à l’horizon 2035. C’est à cette fin que j’ai demandé au Gouvernement de préparer le Plan d’Actions Prioritaires ajusté et accéléré (PAP 2a) que nous examinons aujourd’hui pour validation, dans la même dynamique participative que nous avons adoptée dès le début de la crise”.

Vers une croissance à deux chiffres en 2023

Le PAP 2a repose sur le constat suivant, explique Macky Sall : “la pandémie COVID-19 nous a révélé des vulnérabilités potentielles qui nous exposeraient à des pénuries en cas de rupture de fret ou de rétention de certains produits par les pays exportateurs pour satisfaire leurs propres besoins. Il en est ainsi de l’agriculture et de l’industrie pharmaceutique, entre autres” . En conséquence, pour parer à de tels risques, “nous voulons, à travers le PAP 2a, et sur la séquence 2019-2023, donner une sur-priorité à la souveraineté alimentaire (agriculture, élevage et pêche), pharmaceutique et sanitaire, et booster en même temps l’industrialisation de l’économie, le numérique, le tourisme, le logement, en favorisant davantage l’équité territoriale et l’inclusion sociale”.

Et le président d’insister: “le PAP 2a ne se substitue pas au Plan Sénégal Émergent, qui, dans sa Phase II, reste notre référentiel en matière de stratégie de développement économique et social”. D’après les projections, la mise en œuvre du PAP 2a permettra de retrouver une croissance du PIB de l’ordre de 5,2 % en 2021 ; 7,2% en 2022 et 13,7% en 2023 ; soit le premier taux de croissance du Sénégal à deux chiffres, avec l’exploitation de ressources gazières pétrolières. Sur la période 2019-2023, le PAP 2a requiert un financement de 22,4 milliards d’euros dont le tiers est attendu du secteur privé. Dans son allocution, le président sénégalais invite le secteur privé national et international à venir prendre part aux opportunités offertes par le Sénégal. “Je reste, pour ma part, déterminé à poursuivre le processus d’amélioration de l’environnement des affaires, notamment par la simplification des formalités et des procédures et la mise en place de facilités propices à l’investissement. Il en est ainsi de l’adoption prochaine de la loi sur le Partenariat Public Privé”

Prenant la parole, l’ambassadrice de l’Union Européenne au Sénégal, Mme Irène MINGASSON, a déclaré: “nous nous réjouissons que le secteur privé soit un des piliers de la relance économique – avec une contribution attendue de 42% contre 22% dans le PAP 2-, et de l’accélération des mesures annoncées à cet égard”.. Et d’appeler à une gestion prudente de la dette. Pour sa part, Baidy Agne, président du Conseil national du patronat sénégalais (CNP), a appelé à une approche sectorielle d’un contenu local sur au moins 10 secteurs de souveraineté nationale que sont: la Santé, l’industrie et particulièrement l’agro-industrie, le tourisme, l’énergie, les mines, les infrastructures, le numérique, la finance, l’enseignement privé et les concessions publiques.

Abondant dans le même sens, Serigne Mboup, président de l’Union Nationale des Chambres de Commerce et d’Industrie du Sénégal (UNCCIAS) a appelé à un soutien massif aux entreprises dans le cadre du plan de résilience économique pour éviter des licenciements massifs. Il faut, ajoute l’entrepreneur, « produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons ». A titre d’exemple, rappelle M. Mboup, le Sénégal importe chaque année plus de 3 000 milliards de francs, de produits alimentaire, textile, cosmétique, électronique et mobilier. Tous ces produits pourraient être fabriqués sur place ; nous en avons l’expertise.

Le président de l’UNCCIAS termine son intervention par une doléance sur la préférence nationale: “Il s’agit de réserver exclusivement aux entreprises nationales les marchés financés par les fonds publics. Nos partenaires asiatiques et Européens agissent de la sorte. Monsieur le président, si nous pouvions accéder au marché PUBLIC Européen, Chinois, Marocain ou Turque vous alliez vous rendre compte que les sénégalais sont très ingénieux”.


source: Financial Afrique

A voir aussi