Frilosité extrême à débloquer des crédits Banques et financement de l'économie

  • 09 décembre 2019 / Actualité / 137 / Africa-Bi1


Frilosité extrême à débloquer des crédits Banques et financement de l'économie

La conjoncture politique et la peur des créances douteuses rendent les banques plus frileuses à consentir des crédits à l'économie.
Pas de blocage total pour l'octroi de crédits, mais une extrême prudence à débloquer des financements à l'investissement au sein du secteur bancaire, faute d'une visibilité au double plan économique et politique. Banquiers, mais aussi opérateurs économiques nous expliquent, en effet, que la sphère bancaire locale continue bel et bien à consentir des financements à l'économie, mais observe cependant une prudence extrême quant à la nature des prêts sollicités, la qualité des emprunteurs, l'étude des dossiers et les garanties dont sont assorties les demandes de crédit.
"Il y a désormais beaucoup plus d'exigences et même une extrême prudence sur les dossiers de demandes de prêt et la fiabilité des documents fournis, notamment les bilans fiscaux, mais pas de rejets ou de blocages a priori", nous assurent ainsi des responsables au sein du secteur bancaire public. La situation politique et la campagne judiciaire qui cible des hommes d'affaires, de hauts responsables et des cadres de l'administration publique "rendent effectivement les banquiers plus frileux et plus hésitants à engager des dossiers de crédits", reconnaissent néanmoins nos interlocuteurs.
Pour un directeur d'agence ou d'une succursale – point de départ pour l'étude des dossiers de prêt –, il faut à la fois faire face, nous expliquent les mêmes banquiers, à "l'obligation de réaliser des objectifs de performance en termes de collecte de ressources et d'octroi de crédits, mais également aux exigences liées aux risques d'impayés ou de créances irrécouvrables".
Par les temps qui courent, admettent-ils, "beaucoup de responsables d'établissements bancaires préfèrent prendre le risque d'un manquement à leurs objectifs de résultats d'activité, auquel cas ils encourent des sanctions internes (pression, mutation, dégradation…, ndlr) plutôt que d'avoir à compter dans leurs bilans des créances douteuses ou non performantes".
Ceci étant, affirment encore des responsables du secteur, "les comités de crédit continuent à remplir pleinement et normalement leur rôle et à débloquer des financements à l'investissement, mais en se montrant tout simplement plus regardants et plus exigeants qu'auparavant sur la fiabilité des dossiers de demande de crédit, les garanties présentées et surtout la crédibilité et la solvabilité des opérateurs qui sollicitent des emprunts".
Du côté de ces derniers, l'hésitation et la prudence sont également de mise quant à contracter des financements et à lancer des projets d'investissement, compte tenu de la conjoncture de forte incertitude qui prévaut actuellement. Slim Othmani, patron de la NCA Rouiba, entreprise très active dans le secteur de l'agroalimentaire, évoque une situation pour le moins inquiétante de ralentissement général et des financements à l'économie et de l'activité économique dans son ensemble, en raison surtout de l'instabilité politique que connaît le pays.
Manque de visibilité
"Il est faux de parler de blocage total des financements bancaires à l'investissement, mais il est vrai que les banques sont devenues extrêmement frileuses à consentir des prêts, notamment ceux à l'exploitation, c'est-à-dire au fonctionnement courant des entreprises", nous affirme-t-il, en mettant en avant une convergence de divers facteurs très défavorables à l'activité économique. La conjoncture politique et économique, souligne-t-il, engendre effectivement "une perception exceptionnellement élevée de la notion du risque au sein des banques".
Celles-ci, ajoute-t-il, redoutent plus fortement qu'auparavant le risque de créances douteuses et ont donc "surtout restreint le volet des crédits à l'exploitation qui, contrairement aux crédits d'investissement, comportent plus de risques vu qu'ils ne sont pas toujours ou pas suffisamment assortis de fortes exigences de garanties". Or, alerte notre interlocuteur, "en réduisant les crédits d'exploitation pour diminuer leur exposition aux risques, les banques ont tout simplement contribué à aggraver le ralentissement de l'économie nationale, car il y a ainsi beaucoup moins d'argent injecté dans le fonctionnement de la machine économique".
Selon lui, cette attitude de forte prudence s'explique non seulement par le manque de visibilité lié à la crise politique en présence, mais aussi par la contraction de la commande publique et de la dépense globale de l'Etat à l'investissement, ce qui engendre une baisse générale de la ressource financière et pousse ainsi les banques à être plus hésitantes à injecter de l'argent dans l'économie. S'y ajoute, conclut le même chef d'entreprise, l'effet de la campagne judiciaire ciblant les affaires de corruption, les banquiers, estime-t-il, étant, en pareilles circonstances, "logiquement moins à l'aise dans leur prise de décision et leurs actes de gestion".


source: LIBERTÉ

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