Au Sénégal, miser sur l’agroécologie pour un développement plus durable



Au Sénégal, miser sur l’agroécologie pour un développement plus durable

Diatta Diouf remonte son seau du puits. D’un geste précis, le père de famille arrose ses plants de piment, soucieux que chaque pied en reçoive suffisamment pour que le fruit grossisse. L’agriculteur aime cette juste mesure autant que l’harmonie qu’il a créée avec sa terre depuis qu’il n’utilise plus aucun engrais ou pesticide chimiques.

Son voisin, Pape Dione, 53 ans, a, lui aussi, complètement changé les modes de culture. Sous un arbre au milieu de son champ d’un demi-hectare, il a installé une pépinière sur pilotis pour faciliter la levée des semences de piment vert et réduire son taux de perte. En moins de deux ans, ses rendements ont suffisamment augmenté pour lui permettre d’acheter un nouveau terrain. Et pour poursuivre sur sa lancée, il a même posé les bases d’un poulailler, qui lui permettra bientôt de diversifier ses revenus.

Augmentation de 190 % des revenus

Déjà, le père de famille est fier de pouvoir payer les fournitures scolaires de ses enfants et les frais médicaux pour son épouse, malade, explique celui qui a même employé un ouvrier pour l’épauler dans son développement. Chez Diatta Diouf aussi, la pauvreté s’éloigne doucement et la famille mange plus sainement, plus copieusement car l’argent qui allait aux engrais et autres intrants est dépensé autrement, et les rendements des cultures permettent de nourrir sainement les quatorze enfants. Dans le village de Ngouloul, à 12 km de Fatick, ils sont nombreux à relever la tête et sortir des années où la période de soudure (avant les premières récoltes) laissait les assiettes vides. Avec la conversion de la commune à l’agroécologie, le revenu des 52 petites exploitations agricoles familiales a augmenté de 190 % entre 2017 et 2019. Bien sûr, cette révolution ne s’est pas faite en un jour, ni sans efforts. Il a fallu apprendre et écouter les conseils de l’organisation Agrisud Internationale qui les accompagne depuis trois ans. Cette ONG de terrain fait le pari d’une agriculture durable en phase avec les territoires, et aide les petites entreprises familiales à rompre le cercle de la pauvreté en travaillant autrement.

Méthodes locales

Quand, en longeant une rangée de piments, Pape Dione remarque des petites fleurs blanches au sol, il cherche immédiatement conseil auprès de Khassime Mbodj pour comprendre comment éradiquer les insectes qui attaquent les plants. Après avoir observé les dégâts, le conseiller technique d’Agrisud avance sa réponse. « Les feuilles de neem peuvent éliminer les prédateurs, explique-t-il. Seulement s’il en reste après ce traitement naturel, il faudra cette fois utiliser des produits chimiques ». Le neem, ou margousier, est un arbrisseau dont les graines produisent une molécule aux propriétés insecticides et aux vertus thérapeutiques, notamment contre le paludisme

Pape Dione aime encore bénéficier de l’œil du technicien, même si l’agriculteur est devenu responsable de formation auprès de quinze producteurs de son village. Il leur enseigne désormais comment fabriquer des pesticides et des engrais naturels, substituts aux produits chimiques, avec des cocktails de cendre, de fumier brut, de paille et de neem, qu’il laisse macérer.

« La région est aride et les terres étaient usées par la culture intensive de l’arachide, nous avons donc voulu appuyer le développement de l’agroécologie, moins consommatrice d’eau que l’agriculture classique », explique Alexandra Naud, responsable du service international de la région Nouvelle-Aquitaine. Et même si Fatick est à quelques dizaines de milliers de kilomètres de la Nouvelle-Aquitaine, les pratiques qui y sont développées peuvent intéresser les agriculteurs du Bordelais en quête, eux aussi, de pratiques plus écologiques et moins gourmandes en eau.


source: lemonde.fr

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