Algérie: Trop d’argent et peu de contreparties productives



Algérie: Trop d’argent et peu de contreparties productives

La monnaie fiduciaire  en circulation  est passée de 4 629 milliards de dinars en janvier 2017 à 6 821 milliards de dinars à fin septembre 2021, soit une progression de plus de 2 000 milliards sur les cinq dernières années.

Les quantités de monnaie en circulation n’ont cessé de croître ces dernières années, atteignant, à fin septembre dernier, 6 821 milliards de dinars, lit-on dans la dernière situation mensuelle de la Banque centrale, publiée au Journal officiel. 

La monnaie fiduciaire en circulation est ainsi passée de 4 629 milliards de dinars en janvier 2017 à 4 842 milliards en janvier 2018 et à 5 047 milliards en janvier 2019.

À fin janvier 2020, les quantités de pièces de monnaie et de billets de banque en circulation totalisaient 5 582 avant de grimper davantage pour atteindre 6180 milliards à fin novembre de la même année.

Ce mouvement haussier a continué de marquer l’actuel exercice, puisque, à fin septembre 2021, lit-on dans les données communiquées par la Banque d’Algérie, la valeur des pièces de monnaie et des billets de banque en circulation était de l’ordre de 6 821 milliards de dinars. 

De l’avis de Mohamed Achir, enseignant chercheur à l’université de Tizi Ouzou, la hausse de la monnaie fiduciaire en circulation est la résultante plutôt logique de l’augmentation de la masse monétaire globale (M2), laquelle avait grimpé de 12,79% à l’issue des dix premiers mois de l’année.

Les pièces et billets dans les comptes courants, les actifs immédiatement utilisables comme moyens de paiement, ont progressé à leur tour de 16,41% durant la même période.

Cette tendance à la hausse a été observée sur les courbes monétaires depuis plusieurs années, mais elle s’est accélérée depuis 2017, date de la mise en œuvre du financement dit “non conventionnel”. 

Le passage à la planche à billets a été un bouleversement. Mais il était globalement attendu de manière positive pour certaines banques de la place, car il s’agissait d’une bouffée d’oxygène après plusieurs tentatives infructueuses de libérer la liquidité au moyen des outils du réescompte et de l’Open Market. 

Cette activation de la planche à billets s’est accompagnée, cependant, d’une injection massive de liquidités et d’une hausse de la masse monétaire sans contrepartie productive.

Pour Mohamed Achir, contacté par Liberté, ce n’est nullement un secret de Polichinelle, la hausse de la circulation fiduciaire et, plus globalement, la masse monétaire exprimée par l’agrégat M2 “tire sa source de la dévaluation du dinar et de la planche à billets”.

“Nous imprimons de l’argent oui, mais il faut que cet argent passe par le canal bancaire. Il faut que le circuit de financement de l’économie soit bancarisé par-dessus tout”, estime l’économiste, soulignant que cette augmentation de la masse monétaire “n’est pas réelle, mais artificielle car induite par les opérations d’injection de liquidités sans contrepartie productive”. 

La progression de la masse monétaire ne devrait pas connaître un répit de sitôt, alors que l’actuel exercice devrait voir se concrétiser les promesses salariales du gouvernement.

C’est un facteur qui pourrait peser sur la trajectoire inflationniste, à moins que la Banque centrale n’intervienne, comme ce fut le cas en 2013, en ouvrant les soupapes de désinflation. 

De l’avis  de  Mohamed Achir, qui se  dit clairement acquis à la politique contracyclique du gouvernement en sortie  d’une crise pandémique, les risques résident dans “notre incapacité à maîtriser les déficits, étant donné que le pays continue de dépendre de l’extérieur aussi bien en matière de services et de biens qu’en matière de revenus, car tributaires de la bonne rentabilité du baril de brent”. Cette dépendance est source de risques pour la stabilité macroéconomique et alimente, par la même, les anticipations inflationnistes. 


source: aps.dz

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