Algérie : Quelle marge de manœuvre pour Sonatrach ?

  • 12 novembre 2017 / Actualité / 535 / Africa-Bi2


Algérie : Quelle marge de manœuvre pour Sonatrach ?

Quelle sera la place de l’Algérie sur le marché mondial du gaz dans les années à venir, et quelle stratégie va-t-elle adopter pour remplacer avantageusement les contrats à long terme qui la lient à ses clients européens, et dont la date d’expiration s’étale de 2018 à 2021 ?

Les responsables du secteur s’expriment sur le sujet depuis une année environ, en insistant sur la reconsidération des contrats à long terme, mais sans vraiment donner les détails de la nouvelle démarche qui devrait être mise en place et qui permettrait au pays de demeurer un fournisseur privilégié de l’Europe du Sud notamment.

Dans l’une de ses dernières sorties médiatiques, le PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a souligné que son groupe «cherche à mettre en place des joint-ventures avec des compagnies de commercialisation dans le but de vendre son gaz, dans le cadre d’une nouvelle stratégie d’exportation». Dans son intervention à la conférence Oil and Money, tenue début octobre à Londres, M. Ould Kaddour a indiqué que les nouveaux accords avec les entreprises «ne seront pas indexés sur les prix du pétrole et ne porteront pas sur le long terme». «Nous essayons de trouver de nouvelles voies pour exporter notre gaz et nous cherchons à avoir des joint-ventures en prenant des risques ensemble», a-t-il dit. M. Ould Kaddour a estimé que «les contrats à long terme et l’indexation sur le pétrole ne sont plus de mise».

Des déclarations qui tranchent certes avec une réserve affichée pendant longtemps par Sonatrach, mais qui n’éclairent pas pour autant sur l’option concrète prise par le groupe, ni sur la teneur des négociations qui sont en cours avec ses principaux partenaires, français, espagnols et italiens notamment. Difficile pour Sonatrach de passer d’un statut de fournisseur privilégié, en raison notamment de la proximité du marché et des installations mises en place depuis des décennies, à un acteur largement concurrencé par de nouveaux arrivants — fort d’un potentiel de schiste énorme —, et d’une prédominance du marché spot favorisé par des prix très bas.
Un marché mondial de

90 milliards de dollars

Pour situer le nouveau contexte, il est à savoir, selon l’agence Bloomberg que le marché mondial du gaz naturel liquéfié GNL, d’une valeur de 90 milliards de dollars, sera remanié en 2018, à mesure qu’un certain nombre de grands contrats à long terme arriveront à échéance.
L’augmentation des approvisionnements en provenance des Etats-Unis, où les sociétés de GNL espèrent signer de gros contrats en 2018, la demande accrue en Europe et en Asie et les tensions géopolitiques entourant la Russie et le Qatar, les deux plus grands fournisseurs de gaz du monde, promettent de modifier les modèles commerciaux établis depuis longtemps. Pendant des décennies, la majeure partie du GNL acheté et vendu dans le monde a été régie par des contrats à long terme pouvant aller jusqu’à 20 ans. Un cinquième d’entre eux expireront de 2018 à 2020.

Au cours de la prochaine décennie, les contrats régissant 80% du commerce mondial du GNL seront renégociés. Toujours selon les données de Bloomberg, le marché du GNL est caractérisé par l’arrivée des exportations américaines, ce qui crée une surabondance susceptible de persister au moins jusqu’en 2020, en maintenant les prix bas. La plupart des contrats expirant l’année prochaine impliquent des acheteurs en Europe, où les pays essaient de réduire leur dépendance au gaz naturel russe, qui est expédié par pipeline. Les négociations sont déjà en cours en France, en Espagne et au Royaume-Uni, dont les gouvernements cherchent de nouveaux fournisseurs. Dans ce contexte, note Bloomberg, le Qatar, qui veut accroître sa part de marché en Europe, a récemment annoncé des plans pour augmenter la production de GNL de 30% au cours des prochaines années.

Le Nigeria et d’autres exportateurs de GNL sont également confrontés à une bataille sur l’expiration des contrats de GNL, et l’Algérie dit qu’elle prépare une stratégie sur la façon d’exporter son gaz dans un contexte d’offre excédentaire.

L’énorme demande interne pénalise l’Algérie

La stratégie algérienne reste pour le moment méconnue, surtout que notre pays doit composer avec une demande interne énorme et en constante croissance, la courbe de la production rejoignant dangereusement celle de la consommation, selon les experts. Abdelmoumen Ould Kaddour avait fait état, d’ailleurs, de «difficultés» pour satisfaire la demande de ses clients en exportation de gaz, notamment entre novembre et mars, selon un compte-rendu de l’agence Reuters. Malgré une situation délicate, l’Algérie n’en est pas pour autant hors course, soulignent les experts, le pays ayant des atouts majeurs, dont des engagements contractuels de livraison jusqu’en 2019-2020, la proximité avec ses principaux clients de l’Europe du Sud, sa liaison avec trois gazoducs, ainsi que des capacités de GNL complémentaires au transport par gazoducs.

Deux moyens qui peuvent assurer, selon l’expert et ancien PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, un volume d’exportation supérieur à la production commercialisable totale qui est d’environ 85 milliards de mètres cubes. Il est à rappeler que le premier contrat à long terme a été signé par Sonatrach en octobre 1994 avec le groupe italien ENEL, en vue de l’achat de gaz sur 20 ans. L’accord portait alors sur la livraison de 4 milliards de mètres cubes de gaz chaque année à partir de 1995. En 2006, un nouvel accord a ensuite été signé en prévision de la réalisation du Galsi, le gazoduc reliant l’Algérie à la Toscane en Italie. Pour ce qui est des contrats signés par le pays avec son client français, il est à rappeler que Sonatrach et Gaz de France (actuellement Engie) avaient décidé en 2007, lors de la visite en Algérie du président français Nicolas Sarkozy, de prolonger jusqu’en 2019 leurs contrats de gaz naturel liquéfié (GNL), arrivant à échéance en 2013, pour un montant annuel de l’ordre de 2,5 milliards d’euros.

Les approvisionnements en gaz naturel algérien portaient alors sur un volume total de l’ordre de 10 milliards de mètres cubes et représentaient près de 15% des approvisionnements du groupe français, faisant de l’Algérie l’un de ses principaux fournisseurs. La coopération avec Engie et Sonatrach s’était également enrichie, fin 2006, d’un nouveau contrat de 20 ans portant sur l’achat d’environ 1 milliard de mètres cubes de gaz naturel destiné à être transporté à travers le Medgaz, dans lequel Gaz de France est partenaire à hauteur de 12%.

Par ailleurs, en 2005, Sonatrach et la compagnie espagnole Iberdrola ont procédé à la signature d’un accord concernant l’accroissement des quantités annuelles du contrat de vente/achat de gaz à travers le projet Medgaz, signé en juillet 2004 de 1 milliard de m3 à 1,6 milliard de m3/an. Fin 2005, Sonatrach a également procédé à la signature d’un contrat de vente de gaz naturel avec la société espagnole Cepsa dans le cadre du projet Medgaz. D’une durée de 20 ans, ce contrat porte sur un volume de 1,6 milliard de mètres cubes par an.
En 2006, Sonatrach avait conclu également cinq accords de vente/achat de gaz naturel à travers le projet Galsi avec respectivement Edison, pour un volume de 2 Gm3/an, Enel pour un volume de 2 Gm3/an, Hera pour un volume de 1 Gm3/an, Ascopiave pour un volume de 0,5 Gm3/an et Worldenergy pour un volume de 0,5 Gm3/an


source: el watan

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